ACTE PREMIER
[ARIE-ANNE
Des corsaires, des gueux, et presque des bandits ! 11 n'en reviendra pas, c'est moi qui te le dis.
JANIK.
Quel plaisir prends-tu donc à briser mon courage ?
MARIE-ANNE
Eh! pourquoi n'cs-tu pas raisonnable? J'enrage Qu'à des songes trompeurs tu te laisses leurrer. Je te voudrais heureuse.
JANIK, pleurant.
Et tu me fais pleurer !
MARIE-ANNE, la câlinant.
Janik, voyons, tu sais pourtant bien que personne
Ne t'aime autant que moi. Mais, réfléchis, raisonne.
Conti'e toi-même ici mon amour te défend.
Quoi ! Je t'immolerais, toi, mon unique enfant,
A celte illusion vainement poursuivie !
Dans un stérile espoir tu passerais ta vie !
Non, non, je ne veux pas. Ce serait inhumain.
Je ne crois qu'au bonheur que l'on tient dans sa main.
Celui-là seul est vrai ; tout le reste est mensonge.
Tu vas sur tes vingt ans, ma Janik, et je songe
A te trouver, parmi nos voisins, un mari.
JANIK, désolée.
Ma mère !
MARIE-ANNE
Et c'est pourquoi je veux ton cœur guéri D'un amour chimérique et qui me désespère. Dis que tu ne crois plus à ce rêve.
JANIK.
Et grand père?
Penses-tu le guérir aussi, le pauvre vieux, Du seul espoir qui fait ses derniers ans joyeux ? Va, sa folie, à lui, ma mère, est sans remède.
Qui sait? A l'en guérir il suffit que l'on m'aide. Au deuil, dont je suis sûre, on peut l'habituer Doucement.
J A is I K .
Doucement ou non, c'est le tuer.
Tu sais bien que sa vie entière est suspendue A l'heure du retour si longtemps attendue ; Tu sais bien qu'il mourrait, croyant que l'autre est mort. Puis, si le gas, plus tard, revenait, quel remord ! Et comment devant lui nous tenir tête haute Alors que grâce à nous, mère, par noire faute. Grand-père aurait fermé les yeux sans le revoir î Non, non, il ne faut pas, bien sur. Notre devoir, C'est d'espérer avec le grand-père et d'attendre. Et tu le veux ainsi, n'est-ce pas ? Toi si tendre. Si bonne ! Jure-moi que tu le veux ainsi. Ta bouche dirait non, que ton cœur dirait si.
L'enveloppant et la câlinant de plus en plus.