‹ Le flibustier; comédie en vers, en trois actesChapitre 9 sur 58 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

[ARIE-ANNE

Des corsaires, des gueux, et presque des bandits ! 11 n'en reviendra pas, c'est moi qui te le dis.

JANIK.

Quel plaisir prends-tu donc à briser mon courage ?

MARIE-ANNE

Eh! pourquoi n'cs-tu pas raisonnable? J'enrage Qu'à des songes trompeurs tu te laisses leurrer. Je te voudrais heureuse.

JANIK, pleurant.

Et tu me fais pleurer !

MARIE-ANNE, la câlinant.

Janik, voyons, tu sais pourtant bien que personne

Ne t'aime autant que moi. Mais, réfléchis, raisonne.

Conti'e toi-même ici mon amour te défend.

Quoi ! Je t'immolerais, toi, mon unique enfant,

A celte illusion vainement poursuivie !

Dans un stérile espoir tu passerais ta vie !

Non, non, je ne veux pas. Ce serait inhumain.

Je ne crois qu'au bonheur que l'on tient dans sa main.

Celui-là seul est vrai ; tout le reste est mensonge.

Tu vas sur tes vingt ans, ma Janik, et je songe

A te trouver, parmi nos voisins, un mari.

JANIK, désolée.

Ma mère !

MARIE-ANNE

Et c'est pourquoi je veux ton cœur guéri D'un amour chimérique et qui me désespère. Dis que tu ne crois plus à ce rêve.

JANIK.

Et grand père?

Penses-tu le guérir aussi, le pauvre vieux, Du seul espoir qui fait ses derniers ans joyeux ? Va, sa folie, à lui, ma mère, est sans remède.

Qui sait? A l'en guérir il suffit que l'on m'aide. Au deuil, dont je suis sûre, on peut l'habituer Doucement.

J A is I K .

Doucement ou non, c'est le tuer.

Tu sais bien que sa vie entière est suspendue A l'heure du retour si longtemps attendue ; Tu sais bien qu'il mourrait, croyant que l'autre est mort. Puis, si le gas, plus tard, revenait, quel remord ! Et comment devant lui nous tenir tête haute Alors que grâce à nous, mère, par noire faute. Grand-père aurait fermé les yeux sans le revoir î Non, non, il ne faut pas, bien sur. Notre devoir, C'est d'espérer avec le grand-père et d'attendre. Et tu le veux ainsi, n'est-ce pas ? Toi si tendre. Si bonne ! Jure-moi que tu le veux ainsi. Ta bouche dirait non, que ton cœur dirait si.

L'enveloppant et la câlinant de plus en plus.

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