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LIVRE PREMIER

LE PRÉHISTORIQUE

Quoique les monuments de pierre brute, qui sont encore nombreux dans notre pays, remontent à une antiquité reculée, ils figurent rarement dans les écrits antérieurs au XIXe siècle. César qui a dû en voir un assez grand nombre, et qui, lors de son expédition contre les Venètes, a peut-être passé au pied du géant de l’espèce, le grand menhir de Locmariaker, ne leur accorde pas même une mention, et les géographes grecs ou latins qui décrivent la Gaule n’en parlent pas davantage. Les conciles et les’ capitulaires qui, à maintes reprises, s’élèvent contre le culte des pierres, n’envisagent celles-ci qu’au point de vue des hommages qui leur étaient rendus, et qui s’adressaient sans doute, comme dans les survivances contemporaines, aussi bien aux blocs naturels qu'aux rudes simulacres des religions primitives.

Les écrivains du moyen âge, les voyageurs qui visitent la France et notent ses curiosités ne mentionnent guère ces monuments, si ce n’est comme par hasard, et sans paraître y attacher d’importance, et il n’est pas toujours certain qu’il s’agisse de mégalithes véritables. Ils figurent plus souvent dans des titres seigneuriaux ou ecclésiastiques, en raison de leur rôle de jalons de bornage : telle est la Petra quæ vertitur en Berry (XIIIe siècle), dont le nom indique au moins une croyance populaire, tels aussi les duo lapides erecti , probablement les menhirs de Simandre, qui servaient de limite au royaume d’Arles. Beaucoup plus tard, en 1530, des travaux de défrichement exécutés par les moines sur le plateau d’Elves font découvrir un dolmen, dont la table est traînée sur des glacis jusqu’à leur église, pour servir de marchepied au maître-autel1 ; la pierre levée de Poitiers est bien connue grâce à Rabelais.

L. Martinet. Le Berry préhistorique , p. 104 ; F. Chevrier. l)e la religion des peuples qui ont habité la Gaule , 1880, p. 28 ; Claude Fleury. Cartulaire de Locdieu, cité par l’abbé Lafon. Congrès scientifique de France. Rodez, 1874, p. 39.

LE PRÉHISTORIQUE

C'est au voyageur normand Du Buisson Aubenay (1636), que l’on doit la première mention un peu précise qui comprenne plusieurs mégalithes ; il signale le beau menhir de Dol, et décrit six tumulus et un dolmen à Locmariaker, et un autre dans une île du Morbihan (Gavrinis). Vers le milieu du XVIIIe siècle, La Sauvagère et Caylus parlent avec détail des alignements de Carnac et d’Erdeven, et notent ceux de Quiberon, de Groix et de Belle-Jsle, ainsi que divers dolmens. Le Dictionnaire de Bretagne d’ügée (1778-1780), ajoute à ces listes les dolmens de Donges et de Saint-Nic, les menhirs de Combourg et de Cuguen, et un alignement à Donges1. Toutefois les auteurs de ces descriptions, dont quelques-unes sont fort étendues, ne se préoccupent guère des idées que ces énormes pierres éveillent chez les gens du voisinage. Les savants qui visitaient ces monuments, alors appelés celtiques, n’allaient pas tarder à penser qu’elles n’étaient pas négligeables, et qu’il convenait de les relever comme complément des constatations matérielles. Vers la fin du XVIIIe siècle, Legrand d’Aussy, Dulaure et Cambry interrogent les paysans et notent avec soin leurs réponses. En 1807, l’Académie celtique recommande l’étude de tous les usages, de toutes les traditions qui s’attachent à ces vestiges d’un passé lointain et obscur. Depuis, la plupart des observateurs ont suivi ces indications, et c’est ainsi qu’un nombre considérable de faits sont venus s’ajouter à ceux, si rares et si dispersés, recueillis antérieurement.

J’ai réuni dans un chapitre spécial les vestiges des cultes et des observances qui sont en relation avec les mégalithes, quelle que soit, la nature de ceux-ci. Quant aux légendes et aux croyances dont ils sont l’objet, bien qu’elles présentent beaucoup de traits communs, je n’ai pas cru devoir les traiter en bloc : les menhirs, les dolmens, les tumulus et les pierres diverses, forment chacun une monographie ; comme elles sont conçues sur le même plan, il sera facile de rapprocher les faits qui se retrouvent parfois simplement apparentés, parfois avec de légères variantes, dans un ou plusieurs de ces chapitres, et l’on pourra aussi, en se reportant au tome premier, 1. III, ch. 4 et 5, constater les nombreuses analogies qui existent entre le folk-lore des mégalithes véritables et celui des pierres à légendes.

1. Itinéraire de Bretagne , p. 24, 161, 171, 173. La Sauvagère. Recueil d’antiquités dans les Gaules , p. 257, 79 ; Caylus. Recueil d'antiquités , t. VI, p. 8.

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