Paul Bidault. Sup. médicales du Morvan, p
LES RITES DE LA CONSTRUCTION
quadrupède dans un bercail, on y égorgeait une poule noire, dont il fallait faire rejaillir le sang sur les murs. A Mouâtre en Touraine, on mettait un poisson à mourir dans la nouvelle construction *.
En Basse-Bretagne, celui qui entre pour la première fois dans une maison neuve peut se préserver de tout inconvénient en se faisant précéder par un animal domestique quelconque, chien, poule ou chat : le mal qui le menaçait tombe sur la bête1 2.
Dans un grand nombre de légendes le diable se charge de construire un pont, à la condition que la première créature vivante qui y passera lui appartiendra; il est toujours dupé par les hommes qui s’arrangent de façon à le faire traverser par un chat (ponts de Saint-Cloud, de Saint-Cado, de Pont-Christ, Beaugency, Saint-Guillem , d’ Anzème (Creuse), etc., plus rarement par un lièvre (Pont du Gard) ou par un chien (Pontde Rilly, dans les Ardennes)3. Le fait qui suit remonte à une quinzaine d années et il est peut-être une survivance de la nécessité d’un sacrifice pour assurer la durée d’une construction importante. Peu de temps après l’achèvement du pont de Garabit (Cantal) des habitants du pays portèrent un chat sur le pont et le précipitèrent dans la vallée : cette chute de plus de cent mètres ne l'ayant pas tué, un second chat fut jeté et se brisa sur la terre 4. En Haute-Bretagne, quand un pont était terminé, on l’aspergeait d’eau bénite et une statuette de la Vierge était placée à chacune de ses extrémités pour empêcher le diable et les esprits de le fréquenter. Lorsque, il y a quelques années, le curé vint bénir le pont de Vernières, près de Troyes, des dragées furent mises à la disposition de tous les passants, comme à un baptême 5 6.
Vers le milieu du XIXe siècle, quand on construisit près de Guissény (Finistère), une digue qui enfermait un vaste bras de mer, les paysans prétendirent que l’entrepreneur ne pourrait jamais parvenir à 1 élever. Lorsqu’il eut réussi, ils attribuèrent son succès à des moyens surnaturels, disant qu’il avait fait un pacte avec les mauvais génies, et ils donnèrent à sa digue le nôm de Môle du diable. Ils ne cessèrent de la regarder d’un mauvais œil que lorsqu’elle eut été bénie par le cure et qu’elle eut supporté les aspersions d’eau bénite sans s’écrouler®.
En beaucoup de pays on fait bénir les maisons ; on prétend en cer-
1. E. Rolland. Faune pop., t. VI, p. 102; J.-M. Noguès. Mœurs 178 ; Léon Pineau, in Rev. des Trad. pop., t. XV1U, p. 387.