‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 100 sur 503 · SACRIFICE DE LA MAISON NEUVE · texte numérisé non relu

SACRIFICE DE LA MAISON NEUVE

voulut se marier dans la nouvelle mairie, avant l’accomplissement de ce rite Dans la première année du XXe siècle, a eu lieu à Deville, à trois kilomètres de Rouen, le sacrifice suivant dont M. L. de Vesly, architecte, fut témoin oculaire. Lorsqu’il arriva devant la maison neuve où il devait s’accomplir, la porte s’ouvrit et une vieille femme tenant à la main un poulet noir entra dans la première pièce ; dès qu’elle en eut passé le seuil, elle assujettit le poulet entre ses jambes et lui trancha le cou avec la lame d’un couteau ; elle arrosa de son sang le devant de la maison, et lorsque J’animai fut sur le point d’expirer, elle versa les dernières gouttes sur le seuil. La bête morte devait être ensuite rôtie et servie au repas qui suivait le sacrifice. M. de Vesly interrogea la vieille femme qui lui répondit : « C’est pour éviter qu’un des locataires de cette maison ne meure dans l’année. J’agis de même pour toutes les constructions neuves, et il n’est personne ici qui consente à habiter une maison nouvellement construite sans qu’au préalable quelques gouttes de sang d’un pigeon, d’un canard ou d’un lapin aient été répandues sur le seuil. Demandez à Mme X., route de Dieppe ; elle avait négligé de suivre l’usage et son mari est mort quelques mois après son installation dans sa nouvelle demeure ». Cet usage est conservé dans quelques communes des cantons de Boos et de Gournay1 2. L’immolation est accompagnée parfois de rites accessoires ; aux environs de Moncontour de Bretagne, le coq est encavé au milieu de la place. En Beauce, en Sologne et ailleurs, après que le sang avait été répandu aux quatre coins et un peu partout, on jetait au dehors le corps tout plumé comme une pâture pour le diable, que l’on croyait empêcher par ce sacrifice de s’introduire dans le logis, et de nuire à ses habitants. A Caudan (Morbihan) il y a une quarantaine d’années, après que le sang du coq eut arrosé la terre battue qui forme l’aire de la pièce d’habitation, on jeta son cadavre à l’extérieur. Si on l’avait mangé, cela aurait porté malheur, on ne l’enterre même pas, il faut qu'il se consume à l’air. En Touraine, quelques personnes jettent par dessus le toit la tête de l'animal tué 3. Dans l’Autunois, avant de faire bénir la maison, des gens l’aspergent avec du sang de coq, pour conjurer le mauvais sort et les maladies4.

L usage d’égorger un coq dans l’étable nouvellement construite est encore pratiqué dans un grand nombre de localités de la Beauce et du Gâtinais ; après l’avoir arrosée de son sang, on l’enterre sous la place que doit occuper le taureau. En Saintonge avant d’introduire aucun

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