ORIGINES ET PARTICULARITÉS
Les débris des monuments antiques qui subsistent dans nombre de pays de l’ancienne Gaule sont encore assez imposants pour frapper l’imagination populaire. Toutefois les légendes qui s'y rattachent paraissent rares, même dans la région du Midi, où se trouvent les plus beaux et les mieux conservés ; mais les noms par lesquels on les désigne montrent qu’on attribue presque toujours leur construction à des personnages surnaturels. Ce sont les mêmes que ceux qui ont présidé à l’origine des circonstances les plus remarquables du monde physique, ou qui ont bâti les édifices dont la masse ou la beauté semble
au-dessus de la puissance humaine.
Les fées tiennent le premier rang parmi eux. A Cimiez, les paysans donnent à l’amphithéâtre le nom de Tino dei Fati , la Cuve des fées, d’après Milin, de la Tino dei Fada suivant un auteur plus moderne 1 ; à Saint-Cybardeaux ils appellent Château des fées la partie la mieux conservée d’un cirque \ Les deux aqueducs, qui pendant la domination romaine, amenaient les eaux à Chartres, et dont une partie est encore apparente, prennent le nom de « Cave aux fées « ou de « Crotaux fees» dans les différents territoires qu'ils traversent ; un autre aqueduc près de Saint-Nicolas (Hautes-Alpes) est le Murao di Fado , le Mur des fees 3 ; au XVIIe siècle les habitants de Saint-Martin-le-Beau, en louraine, appelaient la Maison des fées une ruine, probablement romaine +, et dans la même région, vers 1763, les paysaus regardaient la Pile Cinq- Mars comme un ouvrage des fées 5. Les bonnes dames sont aussi en relation avec les voies romaines qui se nomment «Chemin des fees »,
1. Voyage archéologique dans le Midi , t. II, p. 345 ; Négrin. Guide à Nice. Nice, ^^ A^G^Chauvet. Une ville gallo-romaine près Saint-Cybardeaux. Huilée, 1902, ^3. Paul Sébillot. Les travaux publics, p. 342; Revue des langues romanes, t. ’S ,
P'421 Léo Desaivre. Ext. des Notes MM s du voyage de Dubuissou-Aubenay, iu Rev.
des Trad. pop., t. XVI, p. 590.