LES FÉES ET LE DIABLE
dans le pays de Caux, à Nuits-sous-Ravière, à Sennevay-le-Bois, dans l’Yonne ; dans le Boucheneau (Côte-d’Or), elles se rendaient au sabbat en suivant une route romaine qui est désignée sous le même nom, comme celle de Ilouldigny dans les Ardennes ; il y a dans le voisinage de cette dernière de nombreuses traces de constructions qui ne laissent pas aux arbres la faculté de pousser de longues racines, et l’on dit que des fées malfaisantes les ont frappés de malédiction b En Poitou, c’est à la Mère Lusine que le peuple attribue les anciennes voies qui sillonnent la contrée, aussi bien que les arènes et les aqueducs de Poitiers ; aujourd’hui encore, lorsque les terrassiers viennent à rencontrer quelque vestige d’éditice romain, ils se plaignent de ce que la Mère Lusine gêne leurs travaux2. A Sours (Eure-et-Loir), un sentier qui suit un conduit souterrain partant d’une villa romaine est nommé Sente des fées, et les petits cubes de mosaïque que la charrue met au jour sont les Pavés des fées 3.
Le diable partage avec les fées l’honneur d'avoir construit les monuments romains. On trouve dans les environs de Toul le Chemin du Diable, la Chaussée du Diable, près de Charleroi ; dans les Ardennes françaises, des Pavés du Diable. En Normandie, il a été l’architecte de plusieurs de ces voies, et il les exécute parfois, de même que d’autres édilices, avec une rapidité prodigieuse : à Condé-sur-Iton, il se chargea de faire un chemin en si peu de temps, qu’un cheval lancé au galop ne pourrait suivre les progrès de son travail ; dans les Ardennes, il en termine un en trois jours, en Belgique plusieurs ont été achevés par lui en une seule nuit b C’est dans le même espace de temps qu’il bâtit le Pont du Gard, en stipulant cette condition qui se rattache àl’origine de tant de ponts, que la première créature qui passerait dessus lui appartiendrait 5. Une légende relevée au XVIIIe siècle disait qu’il y avait à Bordeaux une porte appelée le Palais Gasiel, et qui fut autrefois un palais que le diable avait fait en une nuit6. Les paysans de Corseul (Côtes-du-Nord) où l’on amis au jour à diverses reprises les ruines d’une cité galloromaine importante, disent qu’il y en a une autre sous terre qui est très étendue, et dont les maisons sont en or ; c’est le diable qui l’a construite et qui l’habite toujours7.
Plusieurs constructions, qui sont en effet généralement romaines,
1. Amélie Bosquet. La Normandie romanesque, p. 194 ; Ph. Salrnon. Dict. arc h. de l’Yonne, p. 95, 109; H. Marlot. Le Merveilleux dans l'Auxois. Semur, 1894, in-18, p. 19 ; A. Meyrac. Villes des Ardennes, p. 293.