‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 107 sur 503 · LES ROUTES INTERROMPUES · texte numérisé non relu

LES ROUTES INTERROMPUES

Près de Langres une ancienne voie, probablement romaine, est nommée Chemin de sainte Reine L

Les constructeurs masculins sont plus rares ; cependant au XVIIe siècle le vulgaire d’Ecouis (près Les Andelys) appelait « chaucée d’Enguerrand de Marigny la voie romaine qui y passe ». L’une de celles qui traversent le Poitou porte le nom de Chemin de saint Hilaire depuis son départ de Poitiers jusque vers l’Anjou ; on trouve aussi dans ce pays, comme en Bourgogne et ailleurs, un chemin de Charlemagne 1 2, Certaines de ces routes, encore assez bien conservées et fort reconnaissables, cessent brusquement, sans aucun inotifapparent. Deslégendesque l’on n’a jusqu’ici relevées qu’en Bretagne, expliquent cette interruption 3. Elles sont assez nombreuses, mais leur thème esta peu près uniforme ; uueprincessepuissante, qui ne pense pasqu’elledevra mourir, rencontre tout à coup, en visitant les travaux, un oiseau qui ne bouge plus, et elle demande ce que c’est. Quand elle apprend qu’il est mort et que tout ce qui a vie doit mourir aussi, elle renonce à son entreprise. Cette mélancolique donnée est anciennement connue en Bretagne, et on l’y retrouve dès le XIIe siècle dans le Roman d’Aquin , ne différant guère que par la forme des récits contemporains où la « femme d’Ohès le veil barbé » devenue plus tard Ahès, est remplacée par des princesses ou des châtelaines 4 5 . Je reproduis la légende qui suit, parce qu’elle est moins connue, qu’elle met en scène un personnage ^historique, et que l’oiseau, pie ou merle, qui figure dans les autres récits est remplacé par une taupe : Le château de l’Isle était autrefois habité par des princes puissants. Ils gardaient tout le pays et la navigation de la Vilaine, sur laquelle on jetait chaque soir une grande chaîne de fer qui allait d’un bord à l’autre. La duchesse Anne s’y plaisait et souvent y revenait; mais comme ses affaires la demandaient parfois ailleurs, et que faute de chemin les voyages étaient longs et fatigants, elle résolut d’en faire un de son château à sa bonne ville de Nantes. Elle fit venir des ouvriers et réunit tous ses vassaux qui commencèrent un grand travail, qu’elle avait tant à cœur d’achever qu’elle y pensait jour et nuit, Un matin qu’elle visitait l’ouvrage, elle vit quelque chose de noir sur la terre fraîchement remuée et demanda à un ouvrier ce que c’était : «C’est madame, une taupe, qui faisait aussi sa route, et la mort l’a prise. » La duchesse peu après ordonna d’abandonner les travaux B. Dans la Loire-Inférieure, une de ces

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