Balliot, iu Bull. Soc. Anthropologie, 1899, p
2. Dubuisson-Aubenay, 1. c. ; Bizeul, 1. c. ; Balliot, 1. c., cf. sur les noms masculins. Paul Sébillot, 1. c., p. 17-19.
3. Paul Sébillot. Les Travaux publics, p. 27 et suiv, ; Légendes locales de la Haute-Bretagne, t. Il, p. 77-81.
4. Cf. sur la légende de la pie morte. Gaston Paris, in Bomania, 1900, p. 416- 424; la rédaction primitive du Roman d’Aquin remonte au XIIe siècle, celle qui nous est parvenue est du XIVe.
5. G. de Closmadeuc, in Société polymatique du Morbihan, 1866, p. 13-14.
LES MONUMENTS ANTIQUES
interruptions est attribuée à une autre cause : à Auverné, si la roule s’arrête tout à coup, c’est que le seigneur de la Motte-Glain ne voulut pas permettre à la duchesse du Rohan de traverser ses terres ; on assure même qu’il appela à son secours un sorcier : celui-ci, par ses enchantements, fait venir toutes les bêtes de la forêt ; en courant après une boule de fougère qu'il lance sur la route, elles la piétinent si bien qu’elle est défoncée, et qu'à sa place, il n'y a plus qu'une sorte de fondrière 1 .
Les payans qui enlèvent parfois aux Romains l'honneur d’avoir construit plusieurs monuments, leur en attribuent en revanche d'autres auxquels ils n’ont eu aucune part ; dans la Charente-Inférieure, on désigne sous le nom de Tombes romaines les dolmens en auge de l’Houmée près de Saint-Jean de la Prée 2 ; les gens des environs de Dol, qui regardent tout monument ancien comme l'œuvre des Romains, disent que ce sont eux qui ont érigé les mégalithes 3 4. Il est probable que ces idées sont récentes, et qu’elles dérivent d’explications entendues par eux et mal comprises, ou d’hypothèses émises par des visiteurs, même archéologues, à l’époque où l’on ramenait tout aux conquérants des Gaules.
Quelques bornesmilliairesportentdesnoms qui supposent un souvenir ou une légende : en Forez, l’une d’elles est appelée « Pierre de César » 1 une autre, entre Taulanne et le col saint Pierre est la « masse de saint Pierre » Elle a la forme d’un gigantesque marteau, et les paysans disent que saint Pierre, patron de la paroisse et très vénéré dans le pays, l’y a apportée et laissée 5. A Chazé (Maine-et-Loire) une borne milliaire romaine couchée à la porte de l’église est appelée Bâton de Gargantua. En Provence le peuple donne le nom de Lou Basloun de Sanl Trefume , bâton de saint Trophime, à une colonne antique sur la route d’Aix à Tarascon, qui servait de délimitation entre les abbayes de Montmajor et de Saint-Césaire 6.
Il est assez rare que le peuple raconte les circonstances qui ont amené ou accompagné la ruine des monuments antiques, et il ne l’attribue guère au courroux du ciel qui a enseveli sous les eaux ou sous les sables tant de villes criminelles. Vers 1849, lorsque l’on mit au jour près du Guildo, dans les Côtes-du-Nord, des bains romains enfouis depuis des siècles sous les dunes, les paysans disaient que la mer avait détruit ces constructions, et que les fées qui les habitaient étaient allées ensuite se réfugier dans une grotte du voisinage 7. Cette