Cayot-Delandre. Le Morbihan, p
l’emplacement qui ne plaît pas
Quelquefois il sert à expliquer comment, au lieu de se trouver au milieu de la circonscription ecclesiastique, les temples sont à l'une de ses lisières, et même dans une situation assez mal choisie : c’est le saint lui-même qui à manifesté sa préférence. L’église de Varengeville est à une des extrémités de la paroisse, sur la pointe la plus élevée do la falaise: les habitants l’ayant démolie et apporté ses débris au milieu du village pour l’y reconstruire, saint Valéry, patron de la vieille église, transporta pendant une nuit toutes les pierres qu’on avait déjà charriées loin de la falaise et les remit en place ’. La paroisse de N.-D. du Castel à Guernesey, qui est fort étendue, a son église sur les confins de celle de Saint-André : on avait apporté tous les matériaux nécessaires à sa construction dans un champ assez central appelé les Fuzés ; mais en une seule nuit tout disparut, et fut trouvé le lendemain sur le site de l’ancien castel du Sarrasins ; les pierres ayant été reportées à l’endroit d’où elles avaient été enlevées, on les retrouva toutes, le matin, sur le champ du château. Cela arriva par trois fois ; on renonça à la bâtir en cet endroit, et elle s’éleva sans encombre à celui où on la voit aujourd’hui. Les vieilles gens disent que les fées qui affectionnaient particulièrement le champ des Fuzés, et qui ne voulaient pas qu’on les en chassât, transportèrent les pierres dans leurs devantiaux (tabliers) ; d’autres affirment qu’elles furent emportées par les anges, et qu’ils travaillaient sous les ordres de la sainte Vierge qui avait choisi ce lieu pour y établir son sanctuaire. Une légende analogue s’attache à l’église de la Trinité de la Forêt qu’on avait d’abord voulu construire sur un emplacement occupé par un dolmen appelé la Roque ès faïes 1 2.
Les habitants de Poggio avaient amené dans un champ la pierre nécessaire à la construction d’une église ; quand les maçons arrivèrent le matin, ils ne trouvèrent plus un seul des matériaux, ils avaient été déposés dans une vallée, de l’autre côté du hameau. Les Poggiolinchi les ramenèrent au lieu de leur choix, mais le lendemain les pierres étaient retournées au bas de la colline. Ils se cachèrent, et virent, après minuit, un âne sur lequel un inconnu chargea plus de la moitié des pierres, puis, le conduisant par la corde, s’achemina vers la vallée. Quand il revint, l’un des hommes lui demanda pourquoi il prenait ainsi leur bien : « Je suis saint Jean, répondit-il, et j’ai choisi moimême l’emplacement ; car le vôtre est maudit ; il y a cent ans, un homme a assassiné une femme et un enfant, et c’est ici même que le misérable a été enterré » 3.
La tradition associe au déplacement nocturne des matériaux des per-