‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 123 sur 503 · Frédéric Ortoli. Contes de l'île de Corse, p · texte numérisé non relu

Frédéric Ortoli. Contes de l'île de Corse, p

LES ÉGLISES

sonnages étrangers au christianisme ; il est opéré par les fées ou leurs congénères, auxquels on attribue, ainsi qu’on le verra, la construction de plusieurs églises dont la beauté semble au-dessus du génie humain. Les gens d’Arros qui désiraient que l’église s’élevât sur la place, y avaient réuni tous leurs matériaux ; mais chaque soir les Lamignac les emportaient sur le haut de la montagne, d’où les Arrosiens les descendaient chaque matin. L’un d’eux s’assit sur une poutre pour attendre la venue des Lamignac ; mais il s’endormit, et, sans qu’il s’aperçût de rien, ils transportèrent la poutre au sommet de la montagne et la posèrent sur les murs qui étaient terminés ; alors les Arrosiens laissèrent les Lamignac achever l’église à cet endroit *. Lorsque l’emplacement choisi ne plaisait pas à Mélusine, qui est en Poitou labâtisseuse par excellence, elle portait, chaque nuit, les pans de murailles élevés pendant le jour au lieu où elle voulait qu’elle fût construite ; c’est pour cela que l’église de Saint-Paul (Vendée) est éloignée du chef-lieu ; la même légende s'attache à celles de Clossais et de Verruyes, avec cette circonstance que lorsque les habitants ont obéi à Mélusine, elle se met, dès la nuit suivante, à construire elle-même, et elle achève promptement son travail1 2.

Satan se mêle aussi quelquefois de contrecarrer le choix des fidèles. L’église d’Etretat avait été commencée au centre de la paroisse, mais à peine s’élevait-elle sur ses fondements qu’il la transporta au bas de la côte Saint-Clair; on rapporta les pierres, mais chaque nuit l’ouvrage du jour se trouvait déplacé, et on se lassa de lutter avec le diable. La même mésaventure arriva auxhabitants de Saint-Sylvestre de Cormeilles, mais il paraît que le diable se serait fait complice des moines qui la trouvaient trop éloignée de leur couvent 3. Il est fort possible en effet que les moines aient parfois attribué au démon des agissements qui leur étaient profitables, et dont ils connaissaient très bien les auteurs. Dans une légende bretonne, le diable s'amuse à contrarier les projets de saipt Maudet, qui bâtissait son monastère de l’île ; une main invisible ep renversait chaque nuit les murs ; l’abbé résolut de veiller, et il aperçut un loup en train de démolir le travail de la journée ; c’était le diable ; Maudet empoigna la bête par la queue et la jeta à la mer ; et depuis la construction s'acheva sans encombre 4.

Plusieurs récits racontent que les pierres, sans intervention d'aucun personnage visible, quittent l’endroit où elles ont été déposées : dans l’un d’eux la merveille semble avoir lieu en plein jour, et non, comme d’habitude, la nuit; on avait apporté sur le mont Rupierre les matériaux

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