LES FÉES BATISSEL'SES
une nuit de Saint Jean l’église de Bardon ne put l’achever, parce que les fées ne doivent travailler qu’à l'abri du regard humain et qu’elle fut surprise par une femme qui apportait du lait à Moulins '.
Les fées qui avaient construit en une seule nuit la chapelle de Hirel en Ruca (Côtes-du-Nord) voulaient la joindre à l’église paroissiale; mais la nuit suivante, l’une de celles qui apportaient les matériaux rencontra sur son chemin une pie crevée, et ayant appris que tout ce qui a vie mourait, elle jeta là sa charge et courut dire à ses compagnes de ne pas continuer, puisqu’elles devaient mourir comme la pie. D’autres ont pu achever leur œuvre sans encombre. Les Lamignac bâtirent en une nuit l’église d’Espès ; Mélusine, la chapelle de l’abbaye de Valence, dans les Deux-Sèvres, et il a suffi de deux heures aux Margot-la-Fée pour bâtir N. D. de Lamballe 1 2. Dans la Côte-d’Or, on attribue aux bonnes dames, sans donner de détails, l’aiguille du clocher de Meursault, les églises de Hauteville et de Saint-Sauveur ; en Vendée, celles de Mareuil, d’Angles, de Moutiers-les-Mauxfails, dans les Côtesdu-Nord, celles de la chapelle de N.-D. du Haut ; dans l’Ailier, on leur fait honneur de l’église de Souvigny ; une laitière la vit tout à coup surgir au milieu du brouillard du matin ; elle fut tellement frappée de cette apparition qu’elle devint pierre, et l’on voit encore sa tête à l’angle d’une des tours 3.
Les trois églises de Seffonds, de Blaincourt et de Doulencourt, dans l’Aube, qui ont des rapports frappants, ont été bâties en trois jours par trois fées qui étaient sœurs. Elles se servaient d'une truelle enchantée qu’elles se passaient tour à tour et qui allait d’elle-même se placer dans leurs mains en traversant les airs 4 5. Pendant la construction de l’église de la Ferté, les maçons ébauchaient le travail le jour ; quand venait la nuit, des lueurs multicolores Bottaient à la hauteur des murs, on entendait l’acier d’invisibles outils mordre la pierre, et le lendemain, les ouvriers apercevaient, finement sculptée, telle pierre seulement dégrossie la veille. C’étaient les fées qui faisaient la besogne, et quelques-uns affirment même qu’elles la construisirent en entier pendant une nuit de printemps6.
Satan partage avec les fées l’honneur d’avoir bâti des églises qui,
1. Clément- Janin. T rail- de la Côte (T Or, p. 33, 49 ; 5 Léo Desaivre. Le Mythe de ta Mère Lasine, p. 91 ; Noëlas. Trad. foréziennes, p . 219-227 ; J. -G. Bulliot et Thiollier. Jm missioti de saint Martin, p. 422; Francis Pérot. Légendes du Bourbonnais , p. 13.
2. Paul Sébillot. Petite Légende dorée, p. 129; J. -F. Cerquand. Lég. du pays basque, t. I, p. 31; Léo Desaivre, 1. c. p. 83, ; Paul Sébillot, 1. e. p. 126.
3. Clément-Janin. Trad. de la Côte-d'Or, p. 44, 40, 50 ; Léo Desaivre. Le Mythe de la Mère Lusine, p. 80 ; E. Hamouic, iu Rev. des Trad. pop., t. 11, p. 438 ; A. de Cbesnel. Dict. des Superstitions, col. 1150.
4. Arnaud. Voyage arch. dans l'Aube. Troyes, 1837, iu-4, p. 228.