Soreau et Langlais. Légendes du Maine, p
LES ÉGLISES
par lëür beauté, semblent au-dessus du génie humain. A Saint-Pol-de- Léon, on appelle le Ereisker, la tour du diable : celui-ci voulant avoir pour lui-même une église plus belle que toutes celles qui avaient été élevées à Dieu par les hommes, la lit en une seule nuit ; mais quand le coq fut posé sur le clocher, saint Pol survint avec de l’eau bénite et le chassa. Suivant une autre version, le saint avait reçu de Dieu le pouvoir de faire construire cette chapelle par le démon lui-même, à la condition qu’il resterait les yeux ouverts et en prières jusqu’au moment où elle serait achevée *. Le bourgmestre d’Aviotte que sa femme tourmentait pour avoir une église, conclut un marché avec le diable qui s’engagea à parfaire, en une nuit, avant le chant du coq, une église qui surpasserait toutes celles de la contrée. Satan se mit à l’œuvre, mais la femme du bourgmestre, ayant eu connaissance du pacte, se mit en observation, et quand l’édifice fut à peu près terminé, elle chassa son coq qui se mit à chanter, et Satan s’enfuit. Il ne manquait à l’église qu’une seule pierre, mais on n’est jamais parvenu à faire tenir celle que l’on mettait pour combler la lacune 1 2.
Cet épisode se rencontre dans plusieurs légendes, et il sert à expliquer pourquoi certaines églises ne sont pas achevées ou présentent des imperfections. Celle de Parthenay-le-Vieux fut élevée en trois nuits par la Mère Lusine ; le jour l'ayant surprise, elle partit au galop, et son cheval a laissé son empreinte sur la dernière pierre qu’elle voulait fendre ; c'est en vain que les maçons ont tenté de remplacer la pierre absente, celle qu’ils plaçaient retombait toujours. La même mésaventure est arrivée aux ouvriers qui ont essayé de parfaire une fenêtre du clocher de Verruyes (Deux-Sèvres), qu’elle n’avait pas achevée. En Bourbonnais, la fée Mélusonnette n’étant pas parvenue à poser la dernière pierre sur le clocher Chatel-Montagnel de alla, de honte, se réfugier sous la pierre aux fées. Les bonnes dames n’ont pas achevé le portail de Saint-Jacques le Majeur en Saint-Alban (Côtes-du-Nord), parce qu’elles eurent peur de Gargantua, ou, suivant d’autres, parce qu’elles rencontrèrent le cadavre d’une pie 3. Les habitants de Chavanod ayant essayé de découvrir les personnages mystérieux qui travaillaient la nuit au portail de leur église, et ayant répandu du sable fin autour, entendirent le lendemain matin une voix railleuse qui disait :
Chavanôl Chavanâl Te n'saré jamai cham'na !
Chavannes, Chavannes — Tu ne seras jamais achevé 4 ! Saint Samson ne