‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 134 sur 503 · A. Bosquet. La Normandie romanesque , p · texte numérisé non relu

A. Bosquet. La Normandie romanesque , p

LES ÉGLISES

vache nourrissait les maçons qui travaillaient à la chapelle de Kernascleden, et une autre fut envoyée par la Vierge à ceux, qui étaient occupés à son sanctuaire de Lannelou près de Moulauban de Bretagne. Trois chèvres suivies de leurs chevreaux venaient chaque jour nourrir de leur lait les trois maçons qui construisaient la chapelle d’Héas (Hautes-Pyrénées); au bout de trois ans, elle était presque achevée lorsqu'ils eurent la mauvaise idée de manger un des chevreaux ; mais à partir de ce moment les mères ne reparurent plus1.

La légende de la bête sauvage contrainte à remplacer l’animal domestique qu’elle a dévorée s'attachait à la fondation de 1 église d’Ourscamps : Quand sainct Eloy, adonc evesque de Noyon, voulut édifier une chapelle au pourprins de la dicte abbaye, il fit par un bœuf et un varlet qui le menoit commencer mener les pierres. Lequel bœuf un ours sauvage issant desdites forests estrangla. Et à la clameur du clict varlet faicte au dict sainct de son bœuf estranglé, le dict sainct alla au lieu où le dict ours s'estoit retraict. ès dictes forests ; et au nom de Dieu le conjura que puisque son bœuf avoit estranglé, il feist son office et amenest les pierres de la dicte chappelle. Ettantost le dict ours entra ès limons et de faict amena les dictes pierres au conduict du dict varlet, comme il appert en figure sur ce faict par sculpteur. Et est vérité ; et pour ce proprement est dicte Ourscamps, camp de l’ours2. Lorsque saint Thegonnec travaillait à construire sa chapelle, un loup osa manger son cheval ; le bienheureux attacha le loup à la place de sa victime 3.

Plusieurs sources dont il a été parlé au chapitre des fontaines (t. II, p. 178), ont été créées par des saints pour la commodité des ouvriers qui bâtissaient leur sanctuaire.

On raconte aussi divers épisodes miraculeux ou singuliers qui se produisirent au cours de ces constructions: Les habitants du Mont Saint-Michel montrent sur un bloc des empreintes qui sont celles d'un nommé Bain qui remua cette pierre que personne ne pouvait faire bouger, ou celle du pied de son plus jeune fils dont la pression suffit pour la pousser4. Un jeune ouvrier vint offrir ses services à l'architecte de Kernascleden en lui assurant qu’il était propre à tout ; pour l’éprouver, l’architecte lui commanda de faire toutes les chevilles

1. V. Smith, in Mélusine , t. I, col. 405; E. tlerpin. La cathédrale de Saint-Malo , p. 499 ; Comm. de M. F. Duine ; à St-Thegonnec l’effigie d’un bœuf attelé commémorerait le souvenir de celui qui aida le saint à en transporter les matériaux (Ogée) ; L. Durif. Le Cantal , p. 422 ; lh'Fouquet. Lég. du Morbihan , p, 148; Semaine religieuse de Rennes, 26 sept. 1874 ; Milin. Promenades archéologiques dans le Midi, t. IV, p. 533 ; la première partie de cette légende s’appliquait à la chapelle d’Arrayé,dans la même région. (Jubinal. Les Hautes-Pyrénées, p. 132).

2. Extr. des Archives de l'abbaye d'Ourscamps, in Magas. pitt., 1844, p. 327.

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