LES SAINTS ET LES CONSTRUCTEURS
put terminer la tour du nord de la cathédrale de Dol ; on a souvent essayé depuis de compléter son œuvre, mais toujours une main mystérieuse a fait tomber les pierres que l’on a tenté de placer sur la vieille tour. Voici pourquoi l’un des clochers de la cathédrale de Senlis est inférieur à l’autre ; la construction en avait été confiée à deux frères, et chacun s’ingéniait à faire plus beau que l’autre. L’un d’eux s’étant aperçu que la base du clocher nord était plus large et plus belle que la sienne, creva les yeux de son rival pour l’empêcher de terminer son œuvre, et comme en effet il n’avait pas fait de plan, ce clocher ne put être fini ; en souvenir de ce crime, la cathédrale prend parfois des teintes de sang au coucher du soleil l.
L’architecte chargé de reconstruire la chapelle de N.-D. de Caillouville (1331) s’étant trompé dans ses calculs, et voyant qu’il allait être ruiné, il invoqua le diable ; celui-ci consentit à lui venir en aide, sous condition que l’architecte lui livrerait les âmes de ses deux enfants le jour même où l'édifice serait complètement achevé. L’architecte eut des rémords, et implora tous les saints, et en particulier saint Regnobert. Le bienheureux, touché de son repentir, vint le visiter et lui recommanda expressément de s’en tenir à la lettre du contrat et de ne pas agréer le travail du diable qu’il ne fût complet de tout point. Lorsque Satan livra son œuvre et en réclama le salaire, l’architecte se mit à examiner la chapelle avec la plus vive attention ; mais il ne pouvait y trouver le plus léger défaut. Eperdu il cherche l’image de saint Regnobert ; mais la statue est absente de la place d’honneur que Satan lui avait ménagée. Le maître-maçon adresse au diable ses plus énergiques réclamations, et Satan affirme que dès le lendemain la statue sera remplacée. Il tient parole ; le saint, de son côté ne manque pas de recommencer son manège. Cela eut lieu tanl de fois que le démon lassé abandonna lui-même son droit 2.
Plusieurs traditions racontent l’assistance miraculeuse que des animaux envoyés par des saints prêtèrent à ceux qui s’employaien t à leur service. Une grande mule et deux bœufs blancs attelés à un char allaient chercher dans une carrière de la montagne les pierres destinées à l’église de Chamalières, et faisaient sans guide le voyage aller et retour. Deux bœufs noirs rendirent le même office à saint Armel quand il construisait celle de Ploërmel, et à ceux qui bâtissaient l’église de Malestroit : l’un d’eux étant mort de fatigue, l’autre continua seul sa tâche ; l’architecte plaça sa statue au portail pour commémorer son intelligence et sa force. Lors de la construction de l’église de Vèze six vaches fournissaient clandestinement du lait aux ouvriers ; une
1. Paul Sébitlot. Petite Légende dorée de la Haute- Bretagne, p. 107 ; A. Dauzat, in Rev. des Trad. pop., t. XVII, p. 592.