‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 141 sur 503 · A. Le Braz. La Légende de Va Mort, t. I, p · texte numérisé non relu

A. Le Braz. La Légende de Va Mort, t. I, p

LES ÉGLISES

qui lui apprend le nom de toutes les personnes de la paroisse qui mourront avant le retour de l'anniversaire l. A Aurillac, la nuit du 2 novembre, les spectres de ceux des habitants qui trépasseront dans l’année traversent un à un le porche de l’église Saint-Geraud et se dirigent vers le cimetière où le squelette de la Mort les conduit en dansant jusqu'au cercueil où ils seront ensevelis

Les hôtes de l’ossuaire semblent informés par des voies mystérieuses des évènements qui les intéressent. Une jeune tille qui avait paiie d’aller la nuit chercher une tête de mort dans celui de Lancieux (Côtesdu-Nord) en stipulant qüe le prix de la gageure serait employé à faire dire des messes pour le repos de l’âme de celui auquel la tète aurait appartenu, vit, à son arrivée au charnier, toutes les têtes sauter autour d’elle, chacune s’efforçant de se placer sous sa main pour être emportée. Une pauvre petite gardeuse de vaches du pays de Tréguier ayant, pour gagner un écu, déclaré qu elle passerait bien la nuit dans 1 ossuaire, quand elle y fut entrée, les ossements se rangèrent le long du mur pour lui faire place, parce que les âmes défuntes savaient que cet argent était destiné à une messe à l’intention de lame du purgatoire qui en avait le plus besoin3. Le soir qui précéda le décès d'une dame de Servon (Ille-et-Vilaine) un homme qui sortait de l’église entendit les os du reliquaire s’entrechoquer et même sauter dans le cimetière , le bedeau fut obligé de barricader le charnier et d’en attacher la porte avec des cordes 4.

Quelques-uns des récits qui racontent la punition de ceux qui ont manqué de respect aux ossements des morts, et surtout à leur tête, sont en relation avec le reliquaire : un jeune bambocheur qui, pour faire peur aux gens, y a dérobé un crâne l’invite, avantde l’y replacer, à souper le lendemain avec lui; à l’heure dite il voit entrer un squelette qui se met à table, va ensuite se coucher près de lui dans son lit, et le fait mourir de peur. La ballade du « Carnaval de Rosporden » présente à peu près les mêmes épisodes :• quand le mort est entré dans le logis du sacrilège il lui dit de venir s’asseoir à la table dressée dans sa fosse, et le jeune homme épouvanté tombe à terre et s’y brise le crâne 0. Un gwerz recueilli à Plougasnou raconte que pendant la semaine sainte trois jeunes gens se déguisent avec une peau de loup et vont au cime-

1. Le Conteur breton , t. 1, p. 173; L.-F. Sauvé, in Rev. des Jrad. pop. t. II,

P136L. Durif. Le Cantal, p. 667. En Berry un revenant appelle auprès de la Croix Tremble ceux qui doivent mourir dans l’année (Laisnel de la Salle. Croyances du

C<T/pauV SébUlot. Notes sur les traditions , p. 6 ; A. Le Braz, 1. c. t. I, p. 267-271. i A Orain. Le Folk-Lore de l'Ille-et-Vilaine, t. II, p. 278.

5! Paul Sébillot. Trad. de la Bretagne, t. I, p. 263-264 ; H. delà Villeraarque. Barzaz-Breiz, p. 263 et suiv. ; une légende analogue est populaire à Nantes ; (Marie Edmée Vaugèois, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII, p. 413). '

Page 1