‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 146 sur 503 · LES TOURS NUMÉRIQUES · texte numérisé non relu

LES TOURS NUMÉRIQUES

C’est là que dans les nuits, on voit errer Notre-Dame en robe blanche, éblouissante de lumière. Le frottement de sa robe de soie se fait entendre au loin dans la campagne ; cette apparition annonce de beaux jours, d’amples récoltes et des succès à ses adorateurs. On n’ose pas alors approcher de l’enceinte ; on s’agenouille, on s’humilie, on chante un hymne en l’honneur de laJVierge ; on se retire enfin à reculons et sans tourner le dos à la déesse1.

Le rite qui consiste à faire un nombre de tours déterminés autour de l’objet réputé puissant, assez fréquent près des arbres ou des pierres, est aussi en relation avec les édifices sacrés. Un fabliau du XIIIe siècle y fait allusion. La dame dit à son mari, pour s’excuser d’une absence prolongée :

Voirs est que je sui de vous grosse Si m’enseigna l’en à aler Entor le moustier sans parler lij. tors, dire trois patrenostres En l’onor Dieu et ses apostres ;

Une fosse au talon féisse Et par trois jorz i revenisse.

S'au tiers jorz ouvert le trovoie C’estoit. i. ûlz qu’avoir devoie,

Et s’il estoit clos, c’estoit fille2.

Je ne crois pas que cette espèce de consultation figure de nos jours parmi celles, fort nombreuses, qui ont pour but de connaître le sexe de l’enfant à naître. Mais on a souvent constaté des observances dont la condition essentielle consiste en un nombre déterminé de tours ; celui de trois est le plus fréquent. Jusque vers 1870, des femmes pour obtenir la grâce d’être mères le faisaient, parfois à genoux, àNotre-Dame de Quelven, dans le Morbihan 3 ; il est encore pratiqué autour de la chapelle de Sainte-Marguerite à Collorec (Finistère) avant ou après le coucher du soleil, par des femmes dont la fécondité est en retard ; à chaque tour elles rentrent dans le sanctuaire pour réciter cinq Pater et cinq Ave, puis elles touchent à la statue de la sainte, le nombril à nu, se confessent et déposent une offrande4. A Liège, pendant les douleurs de l’enfantement, des personnes de la famille allaient faire trois fois le tour de la cathédrale de Saint-Lambert, et les pèlerines par procuration celui de l’église Saint-Paul5. Les nourrices dont les seins sont malades ou taris font, en invoquant sainte Agathe, sept fois

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