LES CLOCHES ET LES CORDES
En Saintonge, des gens prétendaient qu’il fallait sonner son glas à la Toussaint, pour éviter d’être emporté par le diable avant la fin de l’année. Une sorcière brûlée à Saint-Dié en 1572 conseillait, pour guérir un enfant qui ne cheminait ni ne parlait, de tirer bien fort les cordes des cloches U
Autrefois lorsqu’une femme était prête d’accoucher, on liait sa ceinture à la cloche de l’église, et on la faisait sonner trois coups ; en Saintonge cet acte était accompagné d’une certaine prière, et selon d’autres, de paroles mystérieuses 2.
Certaines cloches influent sur la génération et l’amour : dans la Lozère un battant de cloche est l’objet d’une pratique qui est assez fréquemment usitée près des menhirs. Lorsque le capitaine de Merle voulut faire des canons avec la grosse cloche de Mende, il ne réussit pas à fondre le battant qui avait 2m30 de haut et lmI0 de circonférence et on le planta près de la porte de gauche de la cathédrale ; de nos jours encore toute femme qui désire un enfant vient se frotter le ventre contre ce bronze, en implorant la Vierge 3.
Henri Estienne a rapporté un usage du XVIe siècle, qu’il semblait croire en voie de disparition : J’adjouteray ce qu’on raconte de Nostre dame de Liesse : c'est que les femmes qui ne peuvent auoir enfans, tirent à belles dents (au moins souloyent tirer) les cordes des cloches de son temple. Cette superstition, à peine modifiée, se retrouve aux portes de Paris et en Bretagne: avant l’incendie de l’église d’Aubervilliers, chaque année, le deuxième mardi de mai, suivant une tradition demeurée vivace dans le pays, il suffisait aux jeunes mariées, après les prières d’usage, de toucher la corde de la cloche pour voir sûrement leur union bénie par le ciel ; la même observance subsiste dans une chapelle du pays de Vannes, mais les deux époux doivent saisir ensemble la corde V Autrefois les jeunes filles qui réussissaient à attraper la corde, assez haut placée, de la cloche de la chapelle du Fossé, étaient sûres de se marier dans l’année, pourvu quelle n’eût pas été sonnée le 31 décembre B.
Quelques pratiques individuelles sont en relation avec les hommes. En Savoie la cloche de l’ermitage de saint Ruph faisait, on ne dit pas comment, retrouver les enfants perdus. La femme de marin qui ne
1. Lemarié. Fariboles sain long heaises, n° 26 ; Gh. Sadoul, iu Rev. des Trad pop., t. XVI II, p. 594.
2. J.-!î. I hiers. Irai lé des Sup., t. I, p. 374 ; J. -31. Noguès. Moeurs d'autrefois
en Saintonge , p. 19. '
3. Gord et Viré. La Lozère, p. 218-220, et renseignements fournis par M. Cord à
M. Vau Gennep. (J. -A. Dulaure. Des Divinités génératrices. Paris, 1905 p 327 note). ’ ’ ’
4. Apologie pour Hérodote, I. II, c. 29 ; Le Gaulois , 23 avril 1900 ; Le Chercheur de l'Ouest , t. I, p. 182.