A. Aleyrao. Villes et villages des Ardennes, p
LES ÉGLISES
reçoit pas de ses nouvelles va faire tinter la cloche de N. -D. de Béléan l. A la Villedieu, on conduit les enfants peureux sous les cloches et On leur fait dire un évangile en l’honneur de saint Paul, appelé en Poitou, saint Pou ; comme en patois ce terme veut dire peur, la dévotion a peut-être pour origine un jeu de mots ; à Saint-Paul eri Gâtine, le pèlerin pour se préserver du mal de la peur se place, le jour de la conversion de sàint Paul, de manière que la corde tombe sur son dos2.
La corde de la cloche figure dans un pèlerinage assez compliqué où l’on retrouve le rite du tour numérique (cf p. 63, 135) du passage à travers l’arbre ou la ronce (cf t. III, p. 416 et süiv.) et de la mesure du mal. A Saint-Michel la Rivière on faisait faire aux enfants atteints du « mal bleu » sept fois le tour des piliers du clocher : deux femmes appelées matrones passaient sept fois le petit malade dans un grand nœud fait à la corde de la cloche, et prenaient ensuite mesure avec delà bougie filéè de l’épaisseur de la tête, de la grosseur et de la longueur du corps de l’erifant. La bougie devait brûler devant l’autel de Saint- Michel ; en 1882 cet usage n’était aboli que depuis quelques années 3.
Le rôle augurai des cloches est assez considérable. Il est parfois en relation avec des décès futurs, comme en Anjou et en Vendée, où l’on a relevé au XVIIe siècle, cette superstition ; on lit dans une lettre écrite de Loudun le 27 avril 1680 : Lors de l’enterrement d'une religieuse, la roue de la cloche s’étant cassée avec grand bruit, une des sœurs dit tout haut que c’était le présage de quelque malheur qui devait arriver à la communauté, et en effet quinze jours après on enterra, à la même heure, la prieure du couvent. Lorsque la cloche donne un son lugubre, les paysans de la Gironde, ceux des Ardennes et du Val d’Aoste en tirent l’augure d’une mort prochaine dans le voisinage 4 ; à Menton, comme en Basse Bretagne, c’est quand elle vibre longtemps après qu’on a cessé de la sonner. En Haute-Bretagne, la tonalité du glas indique le sort de celui qu’on va mettre en terre ; un recteur reconnaissait en l’écoutant si la personne dont il faisait l’enterrement était perdue ou sauvée 5. Dans le pays de Tréguier si la femme qui vient d’avoir son premier enfant peut de chez elle entendre les cloches du baptême, elle sait s’il doit vivre ou mourir jeune : il vivra, si pendant le son des cloches la mère a dans l’oreille un vague bruit d’harmonie, de joyeux carillon ; si les cloches produisent comme des coups répétés à différentes reprises, il mourra"’.
1. A. Dessaix. Légendes de la Haute-Savoie , p. 23 ; Dr Fouquet. Légendes du Morbihan , p. 80.
2. Beauchet-Filleau. Pèlerinages du diocèse de Poitiers, p. 530.