‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 167 sur 503 · J. -B. Andrews, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p · texte numérisé non relu

J. -B. Andrews, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p

LES ÉGLISES

les reprendre en Paradis, en divers pays du Finistère pour n'avoir plus mal à l’avenir à celles qui restent1.

On rencontre en Ille-et-Vilaine, appliqué à une cérémonie orthodoxe, un parallèle de la superstition qui attribue une valeur particulière aux prémices des eaux. Le Samedi saint, à Bain, quand le prêtre a béni dans un grand bassin de cuivre placé au milieu de l'église l'eau qui doit être versée toute l'année dans les bénitiers, les bonnes femmes se précipitent, se. bousculent, se battent même pour arriver les premières à remplir les petites bouteilles de verre qu’elles ont apportées, persuadées que celles qui y parviendront, prenant la crème, seront plus favorisées que les autres, et surtout que le lait de leurs vaches sera plus abondant. A Luceau (Sarthe), les paysannes se disputent les goutelettes de cire que le sacriste fait dégoutter d'un cierge allumé dans l'eau bénite nouvelle et elles les mêlent à la nourriture de leurs cochons2 3.

L’observance qui suit peut être rapprochée de celle du pied posé sur les empreintes merveilleuses (c. f. t. I, p. 404-405). Les femmes stériles marchaient sur un carreau rond en marbre vert qui formait le centre d’une rosace dans l’église de Pontigny. Un procédé en usage au XVIIe siècle était fondé sur une analogie entre le nom du mal (le carreau) et l'objet employé pour sa guérison ; il consistait à prendre un pavé d’église et à dire : Ave Pavé ! Carreau tout... 3

La croyance à l'efficacité médicinale ou prophylactique de la terre en relation avec des personnages ou des objets (cf. t. I, p. 208-209) s’applique aussi à celle de l’intérieur des églises, et plus souvent des chapelles. On m’a montré en 1874, au-dessous du jubé de N.-D. de Kergornet en Nizon (Finistère) un espace assez grand où la terre paraissait fraîchement remuée ; on était obligé, me dit-on, d’en apporter de temps en temps pour remplacer celle qui était emportée par jps croyants. A Plounevez-Lochrisl après avoir fait embrasser la statue de saint André à l’enfant qui tousse, on prend dans une cavité au-dessous de la niche une poignée de terre qu’on introduit en partie dans la nuque du petit malade ; le reste est mis dans ses chaussures et doit y être maintenu jusqu'à la guérison. A Plougrescant (Côtes-du-Nord) on gratte avec les ongles la terre au-dessous du tombeau de saint Gonery, qui recouvre peut-êlre une fontaine comblée, et l’on en enferme quelques pincées dans un sachet qui est placé au cou des fiévreux 4.

On a relevé sur plusieurs points du littoral breton des exemples d’une sorte de magie sympathique. Vers 1630, les femmes de la côte

1. Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. XX, p. 451 ; F. Duine, ibid., t. XX, p. 394.

2. A. Orain. Le Folk-Lore de V Ille-et-Vilaine, t. I, p. 266-267 ; Mme Destriché, in Rev. des Trad. pop., t. V, p. 337.

3. G. Moiset. Usages de l'Yonne, p. 123 ; J. -B. Thiers. Traité des Sup., t. Ï,*P- 419.

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