‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 176 sur 503 · LA TÊTE DANS LE TROU · texte numérisé non relu

LA TÊTE DANS LE TROU

rer une longue existence. A Saint-Broladre (Ille-et-Vilaine) un trou dans la muraille de la chapelle de saint Guinefort « qui donne la vie ou la mort » servait à une consultation : on y mettait la tête de l’enfant qui était malade depuis longtemps ; s’il la redressait, c'était signe de vie, s’il la laissait tomber, c’était une réponse de mort Dans la Gironde, le nom de veyrines désigne des ouvertures étroites, ménagées dans 1 épaisseur des piliers ; les personnes attaquées de douleurs rhumatismales, ou de paralysie, en faisaient d’abord neuf fois le tour en répétant quelques prières, puis elles passaient la têteja première dans l’ouverture, et on les poussait par les pieds pour les en faire sortir. Cette cérémonie superstitieuse que les archevêques de Bordeaux avaient essayé de détruire, était encore pratiquée en secret dans la première moitié du siècle dernier2. Un usage parallèle, mais qui n avait pas un but thérapeutique, a été relevé en Wallonie : dans^une chapelle de la collégiale de Sainte-Gertrude à Nivelles, un pilier monolithe de 1“ 30 de hauteur et de 424 c. de diamètre environ, sans utilité spéciale dans la bâtisse, est appuyé sur une base reliée au mur et distancée du sol par deux marches. Le peuple prétend que toute personne qui n’est pas en état de grâce ne peut passer entre le mur et le pilier ; l’espacement est environ 30 centimètres 3.

Le passage sous la pierre, qui se pratiquait sous des monuments qui avaient pu à l’origine être des mégalithes, et que l'on avait christianisés (cf p. 61), s'accomplit aussi dans les églises. On conserve dans celle de Villers Saint-Sépulcre (Oise) une pierre sous laquelle on fait passer les enfants malades4. Le plus souvent cette pratique a lieu sous des tombeaux de saints. En 1603, le capucin Gonzague disait que ceux qui, pris de maux de tète, introduisaient la tète sous le tombeau du couvent de Saint-François à Quimper étaient guéris. Ce passage semble n’avoir été que partiel ; mais à Quimperlé en 1778, celui qui rampait trois fois à plat ventre sous celui de saint Gurloès, dans la chapelle souterraine de l’abbatiale, était guéri de certaines maladies5. Plus récemment les pèlerins passaient sous le tombeau de sainte Radegonde à Poitiers ; les fiévreux accomplissent encore ce rite sous celui de saint Philbert à Noirmoutier ; il est pratiqué à La Gacilly (Ille-et-Vilaine) sous celui de saint Jugon ; à Reguiny (Morbihan) pour les maux d’yeux, sous

1. Fr. Daleau. Trcid. de la Gironde, p. 44, 40, F. Duine, in Rev. des Trad. pop. t. XIX, p. 178.

2. Métivier. De l'Agriculture des Landes , p. 438, sf. sur cette pratique. Augier Dévotions pop. clans la Gironde, in Mém. soc. arch. de Bordeaux. 1882, p. 124 et suiv.

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