‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 181 sur 503 · De gloria confessorum, ch · texte numérisé non relu

De gloria confessorum, ch

6. Quelques-uns auraient pu être le bon Dieu, mais ont refusé cette place à cause de ses embarras : Saint Mathurin, cf. Rev. des Trad. pop., t. I, p. 48; F.-.M.

LES STATUES Qü’ON NE PEUT DÉPLACER

intermédiaires entre lui et les croyants, mais comme des espèces de divinités pouvant accorder directement des grâces, arrivent souvent à les confondre avec leurs effigies, et par suite à croire celles-ci douées d’un pouvoir égal au leur.

Une croyance de Basse-Normandie suppose un échange de résidence entre les bienheureux et leur représentation matérielle, et elle semble aussi indiquer que celle-ci va au ciel, peut-être pour faire renouveler ses vertus. Le voile que l'on met sur les statues au temps de la Passion est destiné à empêcher que l’on ne s’aperçoive que les saints ont alors quitté la terre. Suivant d’autres, Dieu les envoie prendre la place de leur statue ; celui qui, à minuit, soulèverait la draperie pourrait voir le saint ou la sainte debout sur son piédestal et vivant comme autrefois ; mais l’homme assez hardi pour le faire mourrait sur le champ l.

Je n’ai pas relevé le parallèle de cet échange de place ; le plus ordinairement la légende est muette sur les rapports terrestres entre les statues et les bienheureux dont l'imagier leur a donné l’attitude et les attributs caractéristiques. Celles qui deviennent l'objet d’un culte vraiment populaire ne tardent pas à reléguer au second plan, et même à absorber le saint qu'elles avaient pour but, à l'origine, de glorifier ou de rappeler à la piété des fidèles. Chacune de ces représentations devient une personnalité dont le nom est suivi d'une épithète ou d’une qualification territoriale ; c’est ainsi que les innombrables Vierges, matérialisées par leurs images, sont pourvues, comme les châtelaines, d’un titre de lieu, ou désignées par leur spécialité de puissance. Bien des croyants sont persuadés que celle de leur sanctuaire favori possède des qualités ou des pouvoirs supérieurs à celles du voisinage et même à toutes les autres; leur statue devient une véritable divinité locale, rivale préférée de celle des autres pays. On ne retrouve pas partout l’éclectisme qui semble en faveur sur le littoral trécorrois, où l'on dit que toutes les Notre-Dame sont sœurs et se rendent mutuellement visite la veille de leur pardon, croyance qui, dans la Meuse, s’attache aussi aux Vierges de Palameix et de Benoitevaux, qui sont également sœurs2. Une légende, qui n’est peut-être pas unique, attribue un antagonisme jaloux à deux effigies du même saint: A Agonges en Berry, une vieille statue de la Vierge, objet d’une vénération séculaire, ayant été dépossédée de son piédestal par une neuve, et

Luzel. Légendes chrétiennes , t. T, p. 2), saint Cornély (A. Bouet. Breiz-Izel , t. II, p. 81), saint Léonard eu Limousin (Paul Sébillot. Légendes des métiers. Les Maçons, p. 22), cf. sur des similaires russes. Rev. des Trad. pop., t. II, p. 187, t. III, p. 321.)

Page 1