Lucie de V.-II. in Rev. des Trad. pop., t. XIII, p
2. G. Le Calvez, in Rev. des Trad. pop., t. VIII, p. 388 ; II. Labourasse. Vieux us, etc., de la ; Meuse, p. 119.
LES ÉGLISES
réléguée dans un coin, retourna à plusieurs reprises à sa place primitive, alors que chaque matin on retrouvait sa rivale à l’endroit moins éminent qu’on avait assigné à 1 ancienne .
En bien d’autres occurrences les primitifs attribuent aux statues, comme d’ailleurs aux saints eux-mêmes, les sentiments qu’ils éprouveraient dans des circonstances pareilles, et ils croient qu'ils les manifestent par des actes qui rappellent ceux des créatures vivantes. Les manifestations de cet animisme sont fréquentes dans les légendes relatives au choix de l'emplacement des églises ; des statues trouvées dans des conditions réputées miraculeuses quittent le lieu où la piété des « inventeurs » les a déposées pour revenir à celui où elles ont été découvertes, et bien montrer que c’est là quelles veulent etre honorées (cf. p. 117).
Les effigies qui se mettent d’elles-mêmes en mouvement pour ne pas subir un changement de sanctuaire sont beaucoup moins nombreuses que celles qui n’y résistent que d’une façon passive. La plus curieuse des légendes de cette catégorie est très moderne, puisqu elle remonte au Concordat. Lorsque Saint-Germain de la Mer cessa d etre paroisse, on chargea la statue du patron sur une charrette, pour l’amener a Matignon, mais quand on arriva au Pont-au-Prouvoire qui formait la limite entre l’antique paroisse et la grève qui venait de 1 absorber, el^e s’échappa et s’en alla à travers champs jusqu'à son ancienne église . On verra plus loin que d’autres statues deviennent lourdes juste à l’endroit où se termine leur paroisse ; c’est là que l’image « comprend » qu’on veut l’enlever à son peuple pour la porter chez le concurrent, qui désire profiter de son pouvoir. Le cas de saint Germain fait même songer aux légendes antiques où les statues sont emportées par le vainqueur comme des captives; le territoire de ce saint venait d’être annexé à sa dépendance séculaire, et son sanctuaire, jadis le centre de toute une circonscription ecclésiastique, était réduit au rôled’une simple chapelle où l’on ne célébrait plus la grand messequ une fois par an, le jour de la fête du patron. On pourrait presque dire que la légende est une sorte de traduction des regrets des habitants du bourg, devenu simple village, regrets qui n’avaient pas encore disparu complètement il y a une quarantaine d’années. Saint Mathurin, saint Père, et d’autres saints de la Haute-Bretagne, plusieurs fois pieusement volés par des gens de paroisses voisines, retournent aussi à la leur ; sainte Blanche mise par les Anglais sur un de leurs navires pour etre