LÉGENDES DIVERSES
Il est vraisemblable que certains noms de châteaux sont l’objet de légendes explicatives, comme la suivante qui a été recueillie dans le Finistère. Le manoir de Trégont-Mab (trente fils) doit ce nom aux trente fils d’une châtelaine qui l’habita. Un jour que la duchesse Anne, dont elle avait été l'amie d’enfance, était venue la voir, elle la pria de vouloir bien prendre un repas chez elle. La duchesse accepta, mais à la condition queda famille seule y assisterait. En entrant dans la salle, elle voiFune immense table de trente-deux couverts ; elle reproche à la châtelaine d’avoir fait des invitations contre sa défense. « Mais, Madame, t j’ai trente fils, et tous les jours leurs trente couverts sont mis, et nous mangeons en famille. » La duchesse émerveillée accorda bon nombre de privilèges à cette légion d’enfants, et depuis la terre a gardé le nom de Trégont-Mab 1 .
On, raconte en plusieurs pays de France'que des seigneurs ou des dames dont les châteaux étaient voisins avaient établi entre eux une sorte de télégraphie lumineuse. Ceux qui habitaient une haute tourelle dont on voit encore les ruines sur une colline de l’Auxois, montaient chaque soir à son sommet et ils élevaient une lumière qui était répétée au même .moment sur trois ou quatre de ces châteaux-forts, assez éloignés les uns des autres: Thil avec Mont-Saint-Jean et Montfort: ces cousins (se disaient ainsi bonsoir ; en Nivernais, des récits semblables s’attachent aux châteaux de Chandiou et d’Arzembouy. Deux reines enfermées, l’une dans le château qui couronnait la butte de Nonette, l’autre à la tour de Montecelet [(Puy-de-Dôme), se faisaient, la nuit, des signaux avec leurs lumières2. Sur le territoire de Pointre, au bois de Cronge, on dit qu’il y avait un château et qu’une sœur de la chasseresse du château de Moissey y habitait. Ces deux dames avaient établi entre leurs donjons pour correspondre, des signaux faits avec tel nombre de bougies qui avaient telle ou telle signification différente3. Deux frères qui demeuraient l’un au château de Saint-Ulrich, l’autre à celui de Girsberg à Ribeauvillé, séparés l’un de l’autre par un ravin, se servaient j d’un autre moyen de correspondance. Chaque jour, au premier chant du coq, le seigneur de Saint-Ulrich envoyait une flèche dans le volet de la tour qu’habitait son frère, afin que le bruit le réveillât et l’avertît qu’il était temps de partir pour la chasse. Un matin, ce dernier, réveillé naturellement et étonné de ne pas entendre le signal habituel, entr’ouvrit le volet ; à ce moment son frère qui venait
1. Abbé J. -AL Abgrall, in Soc. arch. du Finistère, 1898, p. XXIII-XXIV.
2. Hipp. Marlot, in'Fev. des Trad. pop., t. XII, p. 221 ; A. Dauzat, ibid., f. XIII, p. 199.