LES AVENUES
Cliampsaur auraient perdu leurs cheveux à porter les pierres destinées à la construction du château des Diguières U
Les avenues qui forment un des attributs essentiels des châteaux inspirent aux paysans une considération presque aussi grande que les demeures seigneuriales elles- mêmes : elle se traduit, tout au moins en Bretagne, par des légendes. Suivant lune d'elles, voici pourquoi le château des Aulnais possède la plus belle avenue qu’on ait jamais vue, et pourquoi aussi elle présente beaucoup de vides. Le seigneur des Aulnais venait de parier contre celui de i’révran qu avant un an et un jour il aurait une avenue longue d’une lieue, lorsque survint un inconnu ; il déclara qu'il tenait le pari, et que 1 avenue serait plantée en une heure, si après le dîner et l'avenue terminée, le seigneur des Aulnais consentait â lui donner une signature sans condition. Celui-ci accepta, et aussitôt le diable courut de ci, de là, frappant la terre avec un bâton et criant : Un chêne ici, un hêtre la, un ormeau là; derrière lui les arbres désignés sortaient de terre et poussaient à vue d’œil. Tout alla bien jusqu'au moment où un vieillard qui disait son chapelet dans le coin d’un fossé, le menaça de le lui jeter à la figure ; le diable recula, et pendant la dispute, le seigneur des Aulnais arriva, monté sur son meilleur cheval, et lui déclara que son pari était perdu, puisqu il n'avait pas fini avant la fin du diner. Satan se mit alors à renverser les arbres qu'il venait de faire pousser ; mais le seigneur emprunta le chapelet du bonhomme, et le diable sentait à cette vue, sans avoir pu détruire l'avenue, mais après y avoir fait toutefois quelques vides2 3.
Les murailles du vaste parc de la Thébaudaye à Saint-Canton ne furent point achevées parce que la châtelaine qui les faisait bâtir aperçut, à côté du mur déjà assez avancé, le cadavre d une pie moite, et qu’ayant appris que tout puissant qu il fût, tout homme devait mourir, elle renvoya ses ouvriers, et ne pensa plus qu à se préparer à la mort U
Le peuple croit que le pouvoir des seigneurs était si grand que tout devait céder à leurs caprices, et ils en avaient parfois d assez étranges. C’est ainsi que, pour mieux voir le pays, la duchesse de Rohan fit couper, à cinq pieds de hauteur, tous les chênes qui avoisinaient son château 4.
1. Revue Dauphinoise , t. II, p. 551. Cette circonstance tient probablement à ce fait (pie, comme dans la région des Pyrénées jusque vers le milieu du XIXe siècle, des femmes servaient les maçons en poitaut les briques sur leur tète.
2. D1' bouquet, in Société pobpnatique du Morbihan , 1860, p. 127.
3. Guillotin de C.orson. Trad. historiques de La Iluute-Bretughe , p. 176.