LES ESPRITS ET LES SORCIERS
en reste assez pour montrer que, de tout temps, on a cru que des personnages surnaturels en prenaient possession quand les hommes avaient cessé de les habiter. Le château de Vauvert, qui était aux portes du Paris des Valois, est l’un des premiers dont des documents écrits fassent mention : Lorsque, après la mort de Philippe le Bel, il fut abandonné, on dit qu'il était occupé par un malin esprit appelé vulgairement le diable de Vauvert, lequel tourmentoit et afïligeoit grandement tous ceux qui passoient par cette voye ; car personne n’y pouvoit passer qu’il ne fust frappé, offencé ou navré. Il faisoit aussi de grands cris et par ces voix horribles il effroyoit un chacun1. En 1257, Louis IX en fît donation aux chartreux et les esprits s'en allèrent. Au XVIe siècle, les adeptes de la sorcellerie, comptant sur les craintes populaires pour ne pas être dérangés, choisissent parfois comme lieu de réunion ces lieux inhabités. Des sorciers de Vercon, auxquels on fît le procès en 1566, s’assemblaient ordinairement dans un chasteau vieil et ancien en guise de nombre infini de chats. Quatre ou cinq hommes qui résolurent d’y demeurer la nuit, se trouvèrent assaillis de la multitude de chats; l’un de ces hommes y fut tué, les autres blessés, néanmoins ils blessèrent aussi plusieurs chats qui se trouvèrent après muez en femmes et bien blessées 2. Un château de la banlieue de Paris était bien connu pour ses hantises :
Auguste chasteau de Bissestre :
Les Lutins et les Loups-garous Reviennent-ils toujours chez vous Faire la nuict leurs diableries ?
Et les Sorciers de suif graissez N’y traînent-ils plus les voiries Des pendus et des trépassez?3
Ces croyances étaient fort répandues à cette époque et on en rencontre d'autres témoignages curieux:
Que j’aime à>oir la décadence De ces vieux chasteaux ruinez Contre qui les ans mutinez Ont déployé leur insolence !
Les sorciers y font leur sabat,
Les démons follets s’y retirent,
Qui d’un "malicieux ébat
Trompent nos seus et nous martirent...
L’orfraye, avec ses cris funèbres,
Mortels augures des destins,
1. Jacques du Breul. Théâtre des Antiquilez de Paris, p. 345-346.