‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 224 sur 503 · SOUTERRAINS ET OUBLIETTES · texte numérisé non relu

SOUTERRAINS ET OUBLIETTES

Le peuple attribue des longueurs extraordinaires aux souterrains des châteaux: celui de Lesneven (Finistère) aboutissait à deux lieues de là, à une autre forteresse; celui du Bordage (Ille-et-Vilaine) au château de Saint-Aubin du Cormier encore plus éloigné. Quelques-uns étaient l’ouvrage de fées, comme celui qui allait du château de la Hunaudaye à Lamballe. Mélusine avait construit la longue galerie qui, partant de Lusignan, débouchait dans les arènes de Poitiers, distantes de six lieues. Elle faisait le trajet de son château de Sucinio (Morbihan) au couvent des Trinitaires de Sarzeau par un large souterrain où il y avait un canal et une voie carrossable ; tantôt elle se servait d’un bateau, tantôt d’un carrosse traîné par des bœufs1. Le souterrain d'un château assez voisin de l’île Chevalier, appelé Tout ar Serpent , va jusqu’à Combrit, qui en est séparé par un bras de mer ; le serpent qui l’habite s'attaque à ceux qui sont assez hardis pour y pénétrer2.

Bien que vraisemblablement la croyance aux hantises des souterrains soit ancienne, on en rencontre, antérieurement à nos jours, peu de mentions écrites : un écrivain du XVI9 siècle parle cependant de « la tour

de Iiealmont . une vieille mazure sur une montaigne. .. où il y a des

caves profondes, où le pays tient qu’il y résidé des Démons 3 4 ». Les caveaux du château de Marsan auraient servi autrefois de demeure à une peuplade étrangère, nommée Lutons, Nutonsou Sottais. Ils étaient de petite taille et exerçaient divers métiers ; les gens du pays allaient déposer à l’entrée les objets qu’ils voulaient faire raccommoder, avec le salaire qu’ils supposaient exigible, et le lendemain ils trouvaient à la même place l’ouvrage réparé L En Vendée le Frère Fadet ou Farfadet, petit lutin gracieux et bienfaisant, habite les souterrains des anciens châteaux5 *.

Les bruits que l’on entend dans ces longs couloirs et qui sont dûs à des phénomènes acoustiques passent pour des manifestations d’esprits de l’autre monde ; à Kertanouarn c’étaient les âmes des faux-monnayeurs qui venaient y travailler : au château de La Lières, c’était la voix d’un prisonnier qui, il y a trois cents ans, fut attaché par une chaîne de fer au fond du souterrain et y mourut de faim ; il revient la

1. Cambry. Voyage dans le Finistère , p. 171 ; Paul Sébillot. Légendes locales, t. II, p. 71 ; Léo Desaivre. Le Mythe de la Mère Lnsine, p. 78, 94.

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