LES TRÉSORS DES SOUTERRAINS
referme en effet au dernier coup de la cloche et garde celui qui n'a pas été assez prompt pour sortir auparavant1.
Le dimanche des Rameaux, lorsque la procession s’arrête devant les portes closes de l'église, une cachette pratiquée dans les murs du château de l’Ormeteau s’ouvre d’elle-mème, et laisse voir le trésor gardé par le diable. Une femme ayant son enfant à la mamelle eut jadis l’audace d’y pénétrer, et pour remplir son tablier des pièces du monceau d’or qu'elle découvrit, elle posa l'enfant, et sortit, emportant une faible partie du trésor, puis elle revint précipitamment chercher son nourrisson : la muraille s’était refermée, et c’est en vain que la pauvre mère affolée implora la Vierge et les Saints La nuit suivante, une fée lui apparut et lui dit: « Ne pleure plus ; dans un an, jour pour jour, heure pour heure, ton enfant te sera rendu, si tu rends, toi, intégralement tout ce que tu as pris. Mets tous les samedis soirs une chemise blanche au pied du mur, vis-à-vis de la cache ; tous les dimanches matins, tu trouveras à la place la chemise sale de la semaine ». Ainsi fut fait ; l’année suivante, le dimanche des Rameaux, à l'instant précis où le prêtre s'arrêtait à la porte de l’église, la muraille s’entrouvrit de nouveau. La mère courut reporter le trésor à sa place, reprit son tils, et la muraille se referma pour toujours. Quant à l’enfant, il avait grandi, profité, et il se portait à merveille 2. Une légende analogue, mais moins détaillée, s’attache au souterrain du château de Pyramont, qui ne s'enlr'ouvre pour montrer les trésors gardés par le diable et ses acolytes, que tous les siècles, le jour des Rameaux, aussi pendant l’espace qui s’écoule entre le moment où le prêtre frappe à la porte de l’église et celui où elle s’ouvre. Le diable a rassemblé dans les caves du château de Preuilly et de celui de Montaiguillon d'immenses richesses qu’il distribue le dimanche de la Passion; mais il faut se présenter juste au moment où commence la lecture du grand évangile, et sortir à l'instant même où elle s'achève 3. Des êtres surnaturels veillent sur ces trésors; au château du Th il, c est une vouivre cachée dans le souterrain qui les garde; elle prend aussi les enfants assez hardis pour oser s’y aventurer seuls4. Des spectres effrayants apparaissent fréquemment dans les ruines du château de Sogren (Suisse romande) ; ils sont condamnés en expiation de leurs crimes à être gardes des trésors volés, enfouis dans les débris de leur ancien domicile. La croyance populaire est, qu’à l’heure de minuit, des fantômes armés de pied en cap se montrent en haut de ces masures et y font la
t. C. Fraysse. Le Folk-Lore du Baugeois, p. 42.