‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 232 sur 503 · F.-M. Luzel. Veillées bretonnes , p · texte numérisé non relu

F.-M. Luzel. Veillées bretonnes , p

LES CHATEAUX

d'enfant, est revenue pendant de longues années réciter son chapelet pour le salut de son cruel époux, et jadis on entendait dans les avenues le bruit de son rosaire qu'elle éggenait1. On raconte aux veillées, aux environs du château de la Bellière, qui fut habité par la première femme de Du Guesclin, qu’une dame en longue robe blanche vient durant les nuits d’automne, se promener dans les sentiers jonchés de feuilles mortes des bois de la Bellière ; c'est l’ombre attristée de Tiphaine, regrettant au ciel même les verts abris de son berceau. D'après le chanoine de Garaby, qui était originaire de Pleudihen, la belle châtelaine revient chaque soir visiter la Bellière et ses environs, cherchant encore des veuves et des orphelins à soulager2.

Au temps de la Révolution, le château du Vaurouault (Côtes-du-Nord) fut occupé par une garnison de bleus qui avaient avec eux une femme nommée Catherine, dont le nom se retrouve encore écrit avec des inscriptions amoureuses ou badines, en quelques parties du château. Catherine ayant été tuée, on l'enterra sous un des chênes de l’avenue. Depuis on voit souvent comme un feu qui, après avoir erré dans les marais voisins s’évanouit au pied de ce chêne ; c'est Catherine qui revient demander des prières ; si ceLte flamme apparaît à un fiancé pendant le temps des bannies, c'est le présage certain que celle qu’il va épouser lui sera infidèle 3.

On voit la nuit dans l'avenue du château du Val Saint-Rieu (Côtesdu-Nord), quatre fantômes noirs retenus par une grosse chaîne ; une jeune fille qui n'à plus de bras les conduit en les faisant passer par les ronces et les épines ; ce sont quatre seigneurs condamnés à cette pénitence pour avoir maltraité les filles et les femmes. Ils supplient la jeune tille de leur pardonner ; celle-ci, à qui l’un d’eux a fait couper les bras, ne semble pas entendre leur prière, elle les promène à travers les buissons et elle continuera jusqu’au jour du jugement. On y entend la nuit des chevaux au galop et un bruit de ferraille insupportable ; ce sont les anciens seigneurs qui reviennent à cheval visiter leur propriété 4.

Quelquefois ces personnages reproduisent des actes qu’ils ont faits de leur vivant. Chaque nuit on rencontre un beau cavalier dans l'avenue du château de Lapeuty. Il met pied â terre sous un vieux sapin auquel il attache son coursier; puis, se mettant en ligne, comme pour un combat, il attend quelques instants comme s’il voulait laisser à son adversaire le temps d’arriver et de tirer le premier. Alors allongeant

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