‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 236 sur 503 · ORIGINE ET DÉCADENCE · texte numérisé non relu

ORIGINE ET DÉCADENCE

Au milieu du XVIIe siècle Bonavenlure Des Periers faisait une mordante critique des fables que plusieurs auteurs de son temps avaient adoptées relativement à l'origine des villes, et aux circonstances dans lesquelles elles avaient pris leurs noms \ et l’on verra plus loin un passage de Rabelais qui se rapporte au même ordre d’idées. Plusieurs de ces étymologies étaient fondées sur des jeux de mots, et on eu retrouve un certain nombre dans des légendes postérieures, ou dans d’autres, recueillies de nos jours, qui ne sont parfois que semi-populaires. Un voyageur du XVIIe siècle relevait dans ses notes l’explication suivante du nom d'une petite ville de Béarn : « L’étimologie de Morlaas est qu’anciennement un seigneur de Béarn, traitant extrêmement mal ses vassaux, iceux ayant pris les armes contre lui dédirent ses gens et le tuèrent luy-mesme, d;où est induit le mot de Morlas connue qui dirait Mort Las , ton seigneur estant Mort [Tu] Las '1 2. » On raconte en Cham-

1. Discours non plus mélancoliques que dicers de choses mesmement qui appartiennent à notre France. Poitiers, 1 5 ”• 6 , pet. in-4°, cité par Leroux de Lincy. lntrod. du livre des Légendes , p. 7t. Dans les pages suivantes plusieurs passages de Des Périers sont reproduits.

2. Voyage de Léon Godefroy en Gascogne , Béarn et Bigarre, 1644-1646, cité dans Rev. des Trad. pop., t. XVI, p. 103.

ETYMOLOGIES POPULAIRES

pagne que Nogent-sur-Seiue s’appelait autrefois Richebourg; un jour que nette ville était assiégée et allait succomber, l’évêque de Troyes qui y commandait s’étant écrié : « Mon Dieu ! ayez pitié de nos gens ! » sa prière aurait été exaucée par la déroute des ennemis et la ville en aurait conservé le nom de Nogent 1 . Quand Jésus créa le monde, il se promenait à travers l’espace laissant tomber la terre de ses mains. Arrivé près de Saiut-Brieuc il s’aperçut que sa provision s’épuisait, et il dit: « Cessons. » 11 lit néanmoins encore un pas, mais quand il ouvrit la main, il vit qu’elle était vide et il s’écria : « Plus rien l » D’où le nom des communes de Cesson et Plurien 2. Celui d’une autre commune des Côtes-du-Nord est aussi dû à un jeu de mots : lorsque les Romains envahirent le pays de Corscul après l'engloutissement de la forêt de Scissey, ils massacrèrent tous les habitants, à l’exception d'une femme qui se cacha dans un puits ; lorsqu'ils surent qu'elle avait échappé à la mort ils dirent : « C’est un corps seul » et ils donnèrent ce nom au pays qui l’a toujours porté depuis3 4 5.

A la muraille sud de l’église de Sains (Ille-et-Vilaine) on voit un cadran en ardoise avec cette inscription : « Pour Sainct, 1585 » Ce sont les Romains qui l'ont planté là, disait un habitant du pays ; ils avaient fondé en ce lieu le plus salubre de la terre, un hôpital, et comme tous les malades en revenaient sains , le nom est resté au pays. Le nom d’Etrabonne (Doubs) viendrait de ce que l’un des trois mages, d’autres disent Jésus-Christ, saint Pierre et saint Jean, voyageant dans ce pays, firent jaillir une source avec leur bâton, et y ayant goûté s’écrièrent : Et très boune , elle est très bonne ! Mandeure s’appelle en patois Maindeure, ou Maindure : le peuple prétend que César se trouvant en ce lieu et voulant corriger sa femme, lui dit en la fouettant vigoureusement : « Attends, î m’en vais le fare ai vor s’i î ai la main den re 1 ! » Le bourg d’Issandon a tiré son nom de l’exclamation ) sens donne ! que répétaient les gens obligés de gravir ce haut pilon calcaire0.

Le nom d'une petite ville du Cantal se lie aussi à une légende fondée sur un jeu de mots : Lorsque Dieu le père eut créé le comté d Auver-

1. Paul Lutel. La légende de Champagne , Paris, 1891, in-18, p. 117.

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