Mistral. Trésor
LES GENS D’ÉGLISE
les prestres, les femmes, la mer1. Le proverbe gascon : Dominus vobiscum a pas jamès manquât d'arré (de rien ; var. du Limousin: de po — pain) celui de la Gironde: Dominus vobiscum n’est jamais mort de faim, expriment la confiance que l’on a dans l'aptitude du clergé pour s'assurer le temporel 2.
Le souci du casuel, qui y contribue pour une grosse part, est exprimé sans vergogne dans des propos facétieux et des parodies irrévérencieuses de chants d’églises, populaires en I 11 e-et-A daine et dans la partie française des Côtes-du-Nord. J’en ai recueilli, presque sans les chercher, un assez grand nombre sur divers points de ces départements essentiellement catholiques, alors qu’on en a rencontré peu, et de moins osés dans d’autres pays réputés plus sceptiques3 4. Voici les plus curieux : aux environs de Dinan, on interprète ainsi le chant du rougegorge : Monsieur le curé dit spiritu pour de gros sous, pour de gros sous1. Ailleurs pendant toute la messe d’enterrement le prêtre suppute, comme le curé de La Fontaine, ce qu'il aura :
Tant en argent et tant en cire . • Et tant en autres menus coûts5.
C’est ainsi qu'en bénissant le cercueil à l’entrée de 1 église il chante-:
Tu m’as fait venir ici,
Dei mei,
Tu paieras mes pas Dei rnéas.
1. Le Dit de l'Apostoile. IlenriJEstienne. Apologie pour Hérodote, I. I, c. 8.
2. J. -F. Bladé, l. c. p. 98 ; abbé M. Gorse. Au bas pays de Limosin , p. 89 ; F. Daleau, l. c , p. 88. En Haute-Bretagne on donne parfois aux prêtres le surnom de Per omnia, qui rentre dans le même ordre d’idées. Au XVIIIe siècle, on appelait « Brûleurs de cire » ceux qui étaient trop longs à dire leur messe. (Tuet. Matinées senonnoises, p. 469). En Béarn, Yan deu presbylèri désigne le curé de la paroisse (V. Lespy. Proverbes du Béarn, p. 277). Messire Jehan le curé est un des personnages du Testament de Pathelin ; Messire Jean figure comme syuonyme de curé dans beaucoup d’écrivains postérieurs. A la couleur noire de la robe des prêtres se rattachent les termes « sac à charbon » qui désigne au régiment les séminaristes qui y sont incorporés ; « Ine neûr biesse (bête) à blan collé » usité au pays de Liège (Comtn. de M. Alfred Harou) ; Corbeaux qui est injurieusement appliqué à toutes les soutanes noires, et qui est souligné parfois lorsqu'ils passent eu bande par les cris de : Couac ! couac ! 11 y a une quarantaine d’années dans une commune des environs de Dinan, on murmurait assez haut sur le passage des prêtres : Au lard ! au lard ! dont ou n’a pu me donner une explication satisfaisante.
3. On trouye cependant Te Deum laudamu Du tuba tabac, fno pernon pu, dans le Maine (G. Dottin. Les parlers du Bas-Maine , p 632) ; en Gascogne: Te rogamus audi nos, Jou la car (chair) et tu tous os ; Requiem œlernam N. nous empourtan (emportons) (J. -F. Bladé, Prov. de l'Armagnac, p. 162) v. la série les Esprits forts à la campagne. Rev. des Trad. pop. t. VII, p. 293, 684, t. XVII, p. 379, 602 (Picardie, Perche). Paul Sébillot. LUI. orale de la Haute-Bretagne, p. 380-385; J. Fleury. Lilt. orale de la Basse-Normandie, p. 199-202; F. Chapiseau. Le F.-L. de la Beauce, t. II, p. 91-92.