PROVERBES ET DICTONS SATIRIQUES
A VJntroït il dit, si le défunt est riche : Il y a gras. Il est censé chanter, au lieu du Dies irœ , et sur le même air :
Tu n’as don’ pas voulu veni’,
A don’ fallu qu'on aille te cri’,
Mais tu paieras aussi nos pas,
Car nous ferons la vente sez (chez) ta.
Suit une énumération, en plusieurs couplets, des objets a vendre pour le satisfaire. A la préface, il se moque de ceux qui ont fait de riches donations, et il la termine en disant qu’elles sont destinées «à chanter et à boire à sa gloire sans cesse ». A porta, inferi est traduit par : Apportez à ferdï : Mettez à froidir (le rôti), et les paroles de 1 absoute deviennent :
Pater nosler Le four est cher
C’est aussi en Armorique que plusieurs contes, échos d’un temps qui n’est plus, parlent de prêtres qui refusent d’enterrer ceux qui n ont rien laissé pour payer leur prières2.
Parmi les droits ecclésiastiques, il en est un dont l’impopularité est encore grande en quelques pays. En Lorraine on craignait, au moment où l’on parlait d'une restauration possible, de voir revenir la dime du clergé en même temps que le roi. Dans les Charentes des paysans détruisirent dans des églises des sculptures symboliques des attributs de l’Eglise, le raisin et le blé qu’ils croyaient représenter le droit de dîme 3.
Comme les prêtres sont en général portés pour leur famille, on prétend en Ilaute-Bretagne que l’officiant dit en se retournant vers les fidèles :
* Dominas vobiscnm ,
Mou père est un riche homme.
D’après les montagnards de l'Aveyron les parents d’un prêtre ont en lui une vache noire1.
1. Paul Sébillot. Coutumes de la Haute-Bretagne, p. 162-164. Le Tabler de la bido del parfet creslia. Toulouse, 1673, cite parmi les superstitions celles qui consistent à contrefaire le chant, la messe ou le sermon (J. Bauquier, in Mélusine, t. 1, col. 527), cf. des parodies de prières et d’offices : E. Rolland. lûmes et Jeux de C Enfance, p. 321 et suiv.
2. E. Souvestre. Le Foyer Breton, t. Il, p. 3-4 ; Paul Sébillot. Contes, t. I, p. 2 ; F. M. Luzel. Contes, t. Il, p. 180. Jacques de Vitry. Exempta, p. 82, raconte comment fut attrapé et puni un prêtre avare qui avait refusé d’enterrer une vieille femme avant d’avoir reçu de l’argent. Un pauvre venait-il à mourir sur leur paroisse, les curés laissaient là son cadavre, jusqu’à ce que, par de» quêtes ou autrement, ils eussent obtenu la somme qu'ils demandaient (Achille Jubiual. Œuvres de Rutebeuf, t. 111, p. 169) cf. les faits rapportés par Sauvai. Hist. de Paris, t. Il, p. 629, et t. I, p. 319.
3. E. Auricoste de Lazarque, in Rev. des Trad. pop., t. IV, p. L21-522.
4. La Lanterne, 20 février 1881. En Hainaut quand les cloches sonnent ou dit : Le curé tire sa vache par la queue (Comm. de M. A. Harou).
LES GENS D’ÉGLISE
Les paysans accusent volontiers les prêtres de gourmandise ; en plusieurs pays circule le dicton: « Gras comme un recteur» ou ses similaires 1 ; le dire béarnais : Sorcières et loups-garoux font manger des chapons aux curés, date de l’époque où pour être préservé de maléfices ou de sortilèges, on faisait dire des messes que l’on payait en chapons, d’où l’expression Cemitèri de capous, cimetière de chapons, par lequel on désignait l'abdomen proéminent d’un curé 2. En Haute-Bretatagne un homme gros a un ventre de recteur. Des dictons de Basse- Bretagne rentrent dans le même ordre d’idées :
Ewa gwiti, kanjoli merc'hed Selu dever ar c'hloarek.
Boire vin, cajoler fillettes — Voilà de tout clerc le devoir.
Ar veleieiin ne garant ket Beza distroet euz ho fred.
Les prêtres n’aiment pas — Qu’on les dérange à l’heure des repas3.
Comme ils ne travaillent pas manuellement, le peuple les taxe volontiers de paresse : il existe de nombreuses variantes de cette devinette :
Qui n'a ni feu ni cheminée Et nourrit trois fainéants toute l’année 4.
La réponse est : l’église ; les trois fainéants sont le curé, son vicaire et le bedeau. Dans la Gironde, le père dit à son fils paresseux : Si lu ne veux pas travailler fais-toi pataehayre (douanier) ou curé 5. Vivre comme un chanoine, c’était vivre dans l’abondance et l’oisiveté. En Gascogne le Dinna de canounges (chanoines) est un long et bon dîner6 7.
En Limousin, pays de maçons, circule ce proverbe :
Se total filh a de l’esprit , botta lou masou,
S'es bestia, botta lou prestre.
Et l’on dit à un séminariste : Tu fais bien de te faire prêtre, viuras bienetnelrabalharas gairc. C’estdansle mêmepays que circule cet adage;
L’om es hurous :
Un jour quand Uom se marida,
Iiuets jours quand l'om tua lou lard,
Toujours quand l'om es curé P
Le ressentiment du clergé est tenace : « Rancune de prêtre » est un proverbe populaire en Wallonie comme en France. On dit en Béarn :
1. Paul Sébillot. Littérature orale delà Haute-Bretagne , p. 361. Ce couteau coupe comme les genoux d’un prêtre (J. Fleury. L. O. de la Basse-Normandie , p. 275.