‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 26 sur 503 · LES FEES · texte numérisé non relu

LES FEES

D’après des traditions très répandues, les fées se plaisent à former des rondes autour des dolmens. On en a vu plusieurs, la nuit de Pâques, danser au clair de lune près du Kist-vean de Caro : c'étaient de grandes femmes belles, vêtues de blanc, et si lumineuses qu’en regardant leurs figures on croyait \oir une lumière à travers une lanterne de corne L Elles n’étaient pas dangereuses comme celles que la tradition nomme des jeunes tilles, et qui dansaient sous la clarté de la lune près de la Grosse Pierre, sur le plateau de Châteaugay (Puy-de- Dôme) ; celles-ci appelaient le voyageur attardé, et si l’un d’eux se laissait séduire, on retrouvait son cadavre mutilé dans les ronces et les pierres de la colline 2.

Ces fées, comme celles auxquelles on assigne d’autres résidences, possédaient du bétail qui se nourrissait aux dépens des voisins. La vache de la Maison des Feins à Tressé passa en dommage dans le pré d’un fermier qui se mit en colère ; mais une des fées survint et lui donna un chanteau de pain pour l’indemniser, en lui disant qu'il ne diminuerait ni ne durcirait tant qu’il garderait le secret sur sa provenance 3. On accusait parfois les bonnes dames de dérober les bêtes des paysans ; ceux du voisinage de la Grotte ou Maison des Fées de la Sauvagère dont l’entrée permettait aux animaux d’y pénétrer, croyaient qu’ils étaient parfois enlevés par elles L

Elles se plaisaient aussi à favoriser le bétail ; une Margot-la-Fée, qui habitait la Grotte aux Fées de Saint-Aaron entourait de soins les animaux domestiques ; son tils et sa fille, très velus, en étaient lespâtours. La fermière ayant suivi un porc qui était gras à plaisir quoiqu’il ne mangeât jamais à la ferme, le vit dévorer le contenu d'une grande timbale ; elle voulut le reprendre, mais il se réfugia dans la grotte. Un soir d’hiver elle vit un petit garçon et une petite fille en costume des plus primitifs qui se chauffaient près du feu; c’étaient eux qui gardaient ses vaches, qui ne rentraient qu'à la brune etdont la litière était faite par des mains invisibles. Le lendemain elle déposa sur la bûche deux vêtements ; le soir après avoir soigné les bêtes, ils se pouillèrent dedans et jamais on ne les revit1.

Dans la région du centre ces monuments sont en relation avec les Martes que l’on y regarde comme des espèces de fées déchues et disgracieuses. On trouve la Pierre à la Marte à Saint-Plantaire, à Mont-

1. Habasque. Nolio?is historiques sur les Côtes-du-Nord , t. Il, p. 363 ; Paul Sébillot. Trad ., t. I, p. 29 ; E. Souvestre. Les Derniers Bretons , t. I, p. 114.

2. Dr Pommerol. La station néolithique du plateau de Châteaugay , p. 9.

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