Amélie Bosquet. La Normandie romanesque, p
4. A. LeBraz. La légende de la Mort, t. I, p. 329-331. Dans le Morbihan, les exorcistes doivent avoir de la terre dans leurs bas. (J. Frison, in Rev. des Trad. pop . t. XXI, p. 13).
LES GENS D ÉGLISE
die, le curé pouvait aussi évoquer les diables, aux mêmes intentions, à condition de donner un pois à chacun de ceux qui se présentaient1.
Les prêtres possèdent des livres magiques d’une puissance exceptionnelle, mais d’ordinaire ils ne les font pas servir à des actes coupables. Dans le Maine, le curé qui est l’ennemi né des sorciers, peut empêcher leurs maléfices à l’aide des secrets qu'il a appris dans le grimoire-. On raconte en beaucoup de pays que des servantes ou des domestiques, trouvant dans une chambre du presbytère ces livres qui ont été laissés imprudemment sur une table, ont la curiosité de les ouvrir ; il leur arrive malheur, ou ils sont emportés par le diable; heureusement le prêtre survient à temps et parvient à les délivrer. Dans les Ardennes, si l’on touchait avec de mauvaises intentions les livres d’un curé, il pourrait s’y rencontrer des livres sacrés qui appelleraient le diable pour châtier le malintentionné3.
Lorsque le diable se montre sur terre, ce qui suivant plusieurs récits localisés, et que les conteurs ne font pas remontera de longues années, est assez fréquent, on a soin d’aller chercher un prêtre qui a la réputation d’ètre bon exorciste ; mais ce n’est pas sans mal qu’il triomphe du démon ; celui-ci déchire parfois, les unes après les autres, les étoles apportées pour le chasser ; aussi les prêtres ont la précaution de se munir d’une douzaine de ces ornements. En Haute-Bretagne, comme dans le Maine, le curé qui conjure souffre beaucoup et sue à grosses gouttes4. A Menton, les prêtres ont le don de voir les mauvais esprits ; ils sont surtout familiers avec la mort et les choses de l’autre monde : ils peuvent aussi dire à un mourant l’heure précise de son trépas b. En Basse-Bretagne, beaucoup voient l'àme se séparer du corps et certains savent le sort des trépassés. Dans ce pays, ils conjurent les mauvais revenants, et les forcent à abandonner la place qu'ils hantent0. En Normandie, au commencement du XIXe siècle, ils visitaient les cimetières la nuit pour s'assurer de la bonne conduite des défunts, et s’ils s’apercevaient que quelque damné allait devenir loup-garou, ils ouvraient la fosse, coupaient la tète du cadavre avec une bêche neuve/et allaient la jeter dans une rivière 1 .
1. !.. du Bois. Recherches sur la Normandie, p. 319, cf. sur d’autres évocations accompagnées de présents, t. III, p. 513.