LES MESSES SACRILÈGES
célébrer que les mauvais prêtres, ceux qui sont damnés sans rémission. Elle ne peut etre dite que dans une église où l'on ne peut s’assembler parce qu’elle est moitié démolie ou parce qu’ellea été profanée. L’ofïîciant amène sa maîtresse pour lui servir de clerc; il doit être seul avec elle et avoir fait un bon souper. Au premier coup de onze heures, la messe commence par la fin et continue tout à rebours, pour finir juste à minuit. L’hostie est noire et à trois pointes. Le prêtre ne consacre pas de vin, il boit de l’eau d’une fontaine où on a jeté le corps d’un enfant mort sans baptême. Le signe de la croix se fait toujours par terre avec le pied gauche 1 . Cette messe se disait, parait-il, dans la Gironde et coûtait de 25 à 50 fr. ; en Saintonge on payait aussi fort cher les messes à l’envers. Dans la Bigorre, la messe de male-mort qui est surtout célébrée contre les usuriers, provoque une agonie longue et douloureuse ; après une messe de sento Sècairo, le jeune homme qui n’épouse pas la jeune fille qu’ilaséduite, ou la jeune fille volage, mourra de consomption. La messe de mal amour hâtera la conclusion du mariage qui parait devoir se rompre ou traîner en longueur 2.
hn Noimandie on croyait, avant la Révolution, que les prêtres pouvaient célébrer, avec un cérémonial particulier, une messe du Saint- Lsprit, dont 1 efficacité était si miraculeuse, que Dieu était contraint d’accorder tout ce qu’on lui demandait, quelle que fût l’exigence d'un vœu téméraire3. Au temps où il était d’habitude en Basse-Bretagne de faire pour chaque défunt une série de trente services, on se rendait pour le trentième à la chapelle de Saint-Hervé sur le sommet du MenéBrez. Cotte messe se disait à rebours, et sur 1 autel on n’allumait qu’un des cierges. Le prêtre qui l’allait dire devait être à la fois très savant, et très hardi ; dès le bas de la montagne, il se déchaussait et gravissait la pente pied nus, car il devait être « prêtre jusqu’à la terre ». Tous les défunts de l’année se rendaient à celte messe, tous les diables aussi y comparaissaient. Le prêtre montait en brandissant un goupillon, et en faisant de tous côtés de continuelles aspersions, et les âmes défuntes s’empressaient autour de lui pour en recevoir quelques gouttes. La messe dite, il commençait l’appel des diables, dans le porche ; ils accouraient, il les faisait défiler un à un devant lui, les obligeait à montrer leurs griffes pour voir si l’âme du défunt à l’intention duquel était célébrée la neuvaine n était pas tombée en leur possession, puis il les renvoyait en donnant à chacun une graine de lin ; s’il commettait une seule omission, il était contraint délivrer en échange sa propre personne 4. En Norman-