Etienne «Je Bourbon. Anecdotes, p
7. Albert Le Grand. Vies des suints de Llielayne, éd. Kerdanet, p. la, note.
LES GENS D’ÉGLISE
temps des guerres, le jour de l’Ascension il sortit seul du monastère, et depuis les moines ne le revirent plus; l’on ne put retrouver le sceau de l’abbaye et la chasse de Saint Julien résista à tous les efforts et resta invinciblement close. Un siècle s'écoula, et un matin où les frères descendaient de leur cellule pour se rendre au premier office, ils apprirent qu’un moine inconnu occupait dans le chœur le siège abbatial. Le prieur alla lui demander qui-il était ; le vieillard répondit : « Aujourd’hui le siècle est révolu, les temps sont accomplis, je suis Barber votre prieur. » Il le conduisit devant la châsse, s'agenouilla et elle s’ouvrit d’elle-même, et il lui montra à son doigt le sceau des anciens prieurs. Mais le prieur et les moines ne voulant pas de lui, le précipitèrent dans un puits creusé sous le pavé d’une chapelle latérale. A peine le corps du martyr eut-il touché les eaux quelles débordèrent ; elles atteignaient les premières cellules lorsque les moines promirent d’expier le crime qu’ils avaient commis. Aussitôt les eaux s’écoulèrent après avoir déposé le corps du saint sur le seuil même de 1 église 1 . Quelquefois ces religieux accomplissent des pénitences posthumes. A Plévenon, des moines de mauvaise vie étaient condamnés à errer près du lumulus de Château-Serin. On voit souvent entre onze heures et minuit des moines faire la procession sur les murs du château de la Hunaudaye (Côtesdu-Nord). Ils ne disent rien, ne chantent pas, mais passent et repassent pendant ces deux heures2. Au Pont d'Enfer, â Vieu en \alromey, on entend le tintement d’une cloche agitée par des moines que le diable précipita jadis dans cet abîme, en punition de leur luxure3. Aux ruines dumonastère d’Antoui(Lot), revient, sous forme de lièvre noir, un prieur qui après avoir tué le fils de sa nièce (cf. p. 251), lui servit ses membres â son souper; les chiens s’enfuient devant lui, et tout homme qui le rencontre est sur de mourir dans l’année 4. Plusieurs légendes parlent de moines avides de richesses qui comptent ou surveillent celles qu’ils se procurèrent autrefois. On entend ceux du prieuré de Grammont compter l’argent dans les caves où ils battaient monnaie5 6. Un moine garde au fond des ruines de Meyriat les trésors de la communauté et met en fuite les imprudents qui osent s’en approcher; chaque nuit, des moines avares qui surveillent leurs trésors enfouis en de mystérieuses cachettes, errent parmi les débris de la chartreuse d’Arvières r>.
Suivant quelques légendes, des moines ont conclu des pactes avec
1. P. Langlade. Album de la Creuse, Aubusson, 1847. in-4, p. 28-30.
2. Paul Sébillot. Tratl. et sup., p. 340 ; Lucie de V. U . , iu Revue des Trad. pop., t. XV, p. 50. Sur d’autres moines revenants, cf. F.-L. de France , t. II, p. 101, 135, 432, 433, t. II, p. 320, 270.