LES MOINES ET LA SORCELLERIE
en Haute-Bretagne. Ceux de Bosqnen, qui avaientdesliqueursmagiques, résolurent une nuit de faire périr toutes les avoines. Ils ordonnèrent à un de leurs serviteurs de jeter par la fenêtre une bouteille qui avait le pouvoir de faire mourir tout le monde, les animaux, les gens et les plantes quand on disait: « Berluke ». Le garçon alla à la fenêtre et dit : « Berluke ! que les avoines meurent cette nuit ». 11 ne jeta pas
tout le contenu de la bouteille, et les moines le lui reprochèrent. Mais la nuit, quand tout fui à repos, le garçon prit le reste de la bouteille, et le répandit en disant: « Berluke! que tous les moines meurent! » Et ceux de l'abbaye moururent celte nuit-même1. On disait en Béarn que le prieur de Saint-Savin avait, au moyen du Petit Albert, fait périr un grand nombre de gens2. Vers la fin du XVIIIe siècle un des derniers prieurs de Bosqnen était sorcier ; il montait sans échelle sur la tour de l'église et il prédisait l'avenir ; un jour qu’il y était grimpé, il se mit à songer, et il dit : <* Dans quelque temps, nous serons persécutés, et la forme du gouvernement changera ». Un des moines qui l’entendit lui demanda: « Cela durera-t-il longtemps? — Dix à douze ans », répondit-il. Mais il ne vit pas celle période de troubles : un jour qu'il était à se promener dans le jardin, un des moines dit à un de ses camarades : « Tu vois bien le gros prieur qui se promène, je parie que dans huit jours, il sera mort! » Cela arriva en effet ainsi qu’il l’avait dit3. Une légende de la Haute-Bretagne parle de capucins qui avaient le don de lire dans l’avenir, et qu’on envoyait chercher en maintes circonstances, et surtout quand il s’agissait de la naissance d'un enfant. Dans un conte breton un moine prédit que l’en faut qui va naître est destiné à être pendu 4.
L’histoire ecclésiastique rapporte fréquemment les efforts tentés par les abbés pour amender les mœurs des couvents où la discipline s’était relâchée; plusieurs éprouvèrent une résistance violente. Un prieur de Coëtmalouen fut enfermé par ses religieux dans un cachot, et la maréchaussée de Guingamp dut aller le délivrer5. Pierre Abala (Abélard) étant arrivé dans un abbaye en pauvre appareil fut mal reçu6 ; à celle de Saint-Gildas-de-Rhuys qu’il tenta de réformer, on montre encore aujourd'hui le conduit du priva’* par lequel on dit qu’il se sauva pour échapper à la mort 7.
Dans la Creuse, saint Barber, prieur du Moutier-Iiazeille, fut d'après la tradition locale encore moins heureux : Fatigué du tumulte de ce
1. Paul Sébillot. Tr.ulilions de. ta llauleBrelayne , t. I, p. 338-339.