LES RELIGIEUSES
Le dossier satirique des bonnes sœurs est moins chargé que celui des autres gens d'église. Un proverbe wallon conseille de ne pas trop frayer avec elles :
Pour avoi’ ’n maison nette N’y faut prielte ni nounette
En Haute-Bretagne, on explique ainsi l’origine du dicton : « Les bonnes sœurs ont la ruse du diable. » Celui-ci ayant vainement essayé pendant huit années de troubler un bon ménage, en rencontre une qui parie d’y réussir ; elle cache un couteau sous l'oreiller du mari, et le prévient qu'elle a vu sa femme l’y mettre et qu’elle a le dessein de le tuer; le mari trouve le couteau et l'enfonce dans le cœur de sa femme 1 2 3 4.
Comme les prêtres et les moines, mais beaucoup plus rarement, les bonnes sœurs ont le mauvais œil. Les pécheurs bretons qui en voient une en se rendant à la mer ne prendront rien ; le conscrit de la llaute-Brelagne qui fait cette rencontre le matin du tirage est sûr d’avoir un bas numéro. A bord de beaucoup de navires français, la présence d’une religieuse est regardée comme funeste L Le fer ne semble pas employé comme préservatif de cette fascination, comme il l'est contre celle attribuée aux autres catégories du clergé. Suivant une croyance relevée à Liège, les religieuses peuvent même porter bonheur : si au moment où l’on en aperçoit deux, on touche un objet en cuivre, ou est assuré de voir se réaliser le vœu que l’on forme en cet instant 5.
Les paysans taxent les religieuses de fainéantise, de même que les