François Marquer, ibid, t. XII, p
LES GENS D’ÉGLISE
pour rendre les derniers devoirs à ceux qui venaient d’être tués : mais au moment de déposer le chevalier dans la fosse qu’il avait creusée, il s’aperçut qu'il respirait encore, et il parvint à le rappeler à la vie. Il l’aida à se remettre en. selle et lui offrit de le conduire à un endroit où il pourrait se faire soigner. Ils arrivèrent à la chapelle du Temple bien après la tombée de la nuit, et le voleur vil qu’elle était splendidement éclairée. La porte s'ouvrit d’elle-mème devant le chevalier, qui se prosterna sur les dalles, et après avoir prié, demanda à son compagnon s’il voulait retourner dans le monde ou demeurer avec lui à jamais. Le garçon répondit qu'il désirait rester avec lui. Depuis il vil dans le souterrain qui conduit de la chapelle à la vieille lourde Monlbran ; il en sort quelquefois, et sa barbe est si longue que, pour pouvoir marcher, il est obligé de la relever et de la mettre sur son épaule
Plusieurs constructions, d’ordinaire en ruines, sont en relation avec les richesses des Templiers1 2 : Près des Malavaux, on peut voir l’orifice d'un puits dont on ne connaît pas la profondeur ; il avait, dit-on, été creusé par eux pour découvrir des trésors qu'ils croyaient enfouis en cet endroit ; mais leur recherche fut vaine 3. Les débris accumulés de la Maison-Dieu des Templiers à Gemeaux formaient autrefois un énorme monceau de pierres qu'on appelait le Murger-aux-Fosses, et l’on croyait qu’il recouvrait certains caveaux ou fosses, dans lesquels était enfoui le trésor du Temple ; mais le démon l’avait pris sous sa protection et en avait confié la garde à un génie 4.
Comme beaucoup d’autres personnages dont la vie fut souillée de crimes, ils ne peuvent trouver de repos après leur mort. Dans quelques cantons de Bretagne, le peuple croit encore voir errer la nuit les Templiers ou moines rouges montés sur des squelettes de chevaux recouverts de draps mortuaires. Ils poursuivaient les voyageurs, s’attaquant de préférence aux jeunes gens et aux jeunes tilles qu’ils enlevaient et qu’on ne revoyait jamais. Les gens du pays d’Àvessac qui vont en pèlerinage aux ruines de la chapelle de Trioubry, qui fut, dit la tradition, d’abord un oratoire bâti par des Templiers, n’osent guère s’y aventurer sans armes. Un habitant d’un village voisin s’était abrité un soir pour se préserver du vent dans les ruines de la chapelle. A peine entré, il la vit s’illuminer de toutes parts, se remplir de squelettes, et un grand moine tout vêtu de rouge se mit à courir après lui en poussant des cris. L'homme se hâta de sortir, mais s’étant retourné il vit le moine rouge revenir sur ses pas et disparaître sous les pierres du coteau. On dit que c’est un Templier qui revient tous les soirs chercher