‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 308 sur 503 · LES MOINES ET LES SEIGNEURS · texte numérisé non relu

LES MOINES ET LES SEIGNEURS

le seigneur du lieu lorsqu’il y rentra après avoir maltraité le recteur de Goven pendant sa messe. On raconte à Irodouër (Me et- Vilaine) que le dernier châtelain de la Garenne fut obligé de fuir, après avoir assassiné un prêtre dans des circonstances que l’on n’indique pas1. Un sire de Marcellaz ayant tué un prêtre qui voulait défendre une jeune tille qu’il poursuivait, fut décapité, par ordre du sénat de Savoie (XVI0 siècle), et sa tête fut clouée au-dessus de la porte de l’église où elle est restée jusqu’en 1843 2 . Une tradition des Côtes-du-Nord parle d'une châtelaine appelée Marie de Goudelin, fière à l’excès, et tellement emportée qu un jour elle tua de sa propre main le recteur de Goudelin, parce qu il s était refusé à faire un acte de soumission qu’elle exigeait de lui3 * 5.

On montre encore sur la paroi d une des tours du château de la Hunaudaye des sculptures représentant la Passion et diverses autres scènes, et l’on assure quelles ont été sculptées à l’aide d’un clou par un moine que le seigneur du lieu y avait tenu enfermé pendant de nombreux mois*. Suivant une autre version, ces sculptures seraient l'œuvre d'un moine de Saint-Aubin que la dame de la Hunaudaye séquestra pendant dix ans, pour le punir d avoir osé lui adresser des remontrances sur sa vie débauchée. Elle avait la passion du jeu, et elle attirait à son château les nobles des environs. Un jour qu elle en avait ruiné un, et quelle voulait encore le forcer à jouer, il répondit : « Je n'ai plus rien. — Jouons tout de même. — Alors, je joue la liberté du moine ». Il gagna, et on mit le moine à s’en aller tout seul ; il était devenu presque aveugle et il mourut sur la lande de Saint-Aubin, avant d’avoir pu arriver à son couvent3.

Des moines mis en présence de seigneurs parviennent à se tirer d alîaiie, grâce a leur finesse. Un cordelier du couvent de Saint-Martin, qui a\ait tendu des collets dans la loret de Teillay, dont le marquis de Coetenfao seigneur de la Roche-Giffard (Ille-et-Vilaine) était propriétaire (fin du XVII0 siècle) fut surpris par un garde qui l’amena devant son maître. Celui-ci se précipita dans la cour du château, saisit un coq

1. Guillotin de Corson. Récils historiques , p. 183 ; L. de Villers, in Rev. des Trad. pop., t. XII, p. 262 ; cl. F.-L. de France , t. II, p. 360, le seigneur qui fait attacher une cloche au cou d’un prêtre, et le précipite dans l’eau, et t. I, p. 168-169, ceux qui pour des actes sacrilèges sont condamnés à suivre des chasses fantastiques

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