II. Carnoy. Littérature orale de la Picardie, p
5. Éaul Sélnllot. Contes de la Huute-Rrelur/ne, t. Il, p. 322.
LES GENS D EGLISE
tirent et mirent l’épée à la main dans le cimetière même ; ils s’enferrèrent mutuellement et tombèrent morts : on les enterra sur place 1 .
D'autres nobles exigeaient que les prêtres ne commencent la grand’ messe qu’après leur arrivée ; naguère on citait en Haute-Bretagne des châtelains qui avaient réussi à faire déplacer des recteurs qui n’avaient pas voulu se soumettre à cette servitude. Dans des légendes, dont l’une semble dire qu’elle faisait parlie des privilèges réservés aux descendants des fondateurs de l’église, des prêtres sont tués ou maltraités pour l’avoir méconnue. Le curé de Dore (Puy-de-Dôme) devait non-seulement offrir l’eau bénite et l’encens au sire de Bouchardot, comme patron de l’église, mais encore la messe ne devait commencer qu’après son arrivée. Souvent il venait fort tard et à des heures capricieuses, alléguant que le vieux curé c’était son métier de jeûner, que les manants, ce n’était pas la peine de s’en apercevoir, et que quant au bon Dieu, cela ne l’ennuyait pas d’attendre. Un jour qu’il avait dépassé ses retards ordinaires, le curé commença la messe, pensant qu'il ne viendrait pas. Tout à coup Bouchardot se précipite furieux dans l’église, s'ouvre un passage à travers la foule et va poignarder le prêtre à l’autel. Le sang du vieillard rejaillit sur l’hostie et le calice, et au même moment la foudre tomba sur l’impie et le réduisit en cendres2. Le desservant de la chapelle de Caslou, près de Montauban-de-Bretagne, fut aussi tué par le seigneur du lieu qui survint au moment de l’élévation ; le chapelain du château de Montigny par une llèche que lui lança son maître qui s'était attardé à chasser. Raymond comte de Toulouse se trouvant à Cavaillon, pria l'évêque d’attendre pour dire sa messe qu’il fût revenu de la chasse ; mais il s’y plut tellement que la messe était finie quand il arriva. 11 frappa l’évêque d’un coup de pied, mais aussitôt il fut paralysé, et ne lut guéri qu’après avoir fait de riches présents à celui qu’il avait outragé3 4.
Pendant que saint Bieuzy disait la messe à l’église qui porte son nom, le valet d’un seigneur des environs vint lui ordonner de venir ad château guérir ses chiens malades de la rage. Le saint répondit qu’il irait sitôt la messe finie ; le seigneur outré de cette réponse, accourut à l’église, et d’un coup de sabre fendit jusqu'aux oreilles la tête du prêtre et abandonna son fer qui -était resté engagé 'dans le crâne. A son retour au château le meurtrier fut déchiré par ses chevaux, ses bœufs et ses chiens, subitement atteints île la rage
Le château de Gourmalon en Ille-et-Vilaine ensevelit sous ses ruines
1. G. -J. Bulliot et ThioUier. La Mission de saint Martin , p. 28 i.