‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 313 sur 503 · Variétés hist. et litt. , t. VI, p · texte numérisé non relu

Variétés hist. et litt. , t. VI, p

LA NOBLESSE ET LE TIERS-ÉTAT

tard ce terme était devenu une sorte d’injure1. Actuellement on donne aux laboureurs le sobriquet de Pieds terreux, Peterrous en Béarn, Peds terrous en Limousin et en Provence, Pès terrouzés en Quercy ; les vignerons du Berry sont dits Pieds jaunes *. On appela Pieds nus les paysans de l’Avranchin révoltés en 1640 3. Pied plat, qui d abord avait été appliqué aux gens de la campagne parce que leur chaussure ordinaire était à peu près dépourvue de talons, avait pris, à la fin du X\1IC siècle, un sens injurieux 4 ; en Franche-Comté, un des sobriquets des paysans est Tsoquants , porteurs de sabots0.

D’autres termes, tels que Cotissous (casseurs) de mottes en Haute- Bretagne, Eroqueu , qui a la même signification en Picardie, babuleus de crapaô, Krosus de crapaô dans le Maine, Eborgneurs de crapauds dans le Blaisois, Pico talos , Pico verni en Béarn (qui frappe les vers de terre), font allusion aux opérations agricoles. En Provence, le sobriquet de Cebet est donné aux paysans parce qu’ils mangent beaucoup d’oignons0. Les conscrits dont l’origine campagnarde est visible, et qui sont gauches, sont appelés dans les régiments : Betteraves ou Pommes de terre.

Actuellement encore, les hommes des champs sont, de la part des habitants des villes et des gens de métiers, l’objet de propos dédaigneux. A Nogent-le-Rotrou, les ouvriers racontent que lorsque Dieu, après avoir créé l’homme avec de la terre, voulut faire le paysan, il prit de la boue sous ses souliers en se disant que ce serait bien assez bon pour un paisan (dissyllabe)7. Les marins de la Haute-Bretagne appellent les laboureurs ; Gâs (garçons! de métairie, ou Gas de su’ le pais (pays) ; ceux de Normandie les traitent de Berquiers (bergers) et racontent des histoires facétieuses où ils raillent leur simplicité et leur ignorance des choses de la mer8. Les habitants de Nivelles, dont le sobriquet est « les Aclots », disent aux gens de campagne pour se moquer d’eux :

1. Béroalde de Verville. Le Moyen de parvenir, p. 150 ; Duez. Dict. italien et françois; Leroux. Dict. comique.

9 y Lespy Proverbes du Béarn , i** éd., p. 67; J. -B. Champeval. Proverbes bas-limousins, p. 9 ; Mistral. Trésor ; Comm. de M. de Beaurepaire-Froment ; Jau*

bert. Glossaire du Centre.

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