LES FILLES ENLEVÉES PAR LES SEIGNEURS
celles qui refusaient ue reparaissaient jamais 1. Ce divertissement rappelle l'anecdote du XVIe siècle, simplement égrillarde, du baron qui fit mettre une jeune fermière toute nue et lui commanda de ramasser des cerises jetées sur le plancher2 3 4. Un seigneur de Montgibert qui jouait très bien de la cornemuse eut un jour l’idée de rassembler dans une salle de son château les plus belles des filles de ses vassaux et de les obliger à danser pieds nus ; au plus fort du bal, il taisait jeter sur le sol des charbons ardents et alors il jouait avec plus d entrain et de force :t.
D’autres faisaient subir de cruels supplices à celles qui osaient leur résister. Le sire de Montsuc en Auvergne qui emportait de force les jeunes filles dans sa forteresse, osa même enlever une belle demoiselle noble des environs, et pour la punir de ne pas lui aA7oir cédé, il la fit pendre par les cheveux et la laissa mourir dans une lente agonie. Un châtelain du Limousin, qu’on appelait le fils du diable, s’emparait des plus jolies filles et les enfermait dans son chateau. L une d elles s étant saisie de la dague d’un de ses archers, se défendit vaillamment; le seigneur accourut furieux, la tua, puis pendit son cadavre à la cime d’un arbre, après lui avoir ouvert la poitrine et détaché le cœur, qui fut enterré au pied de l’arbre L Une ancienne ballade dont on chante encore quelques couplets aux environs de Lannion, parle du seigneui de Kercabin qui, repoussé par une jolie couturière, fit sauter au moyen d’un baril de poudre le pavillon où elle travaillait5 6.' A Saint-Malo de Phily , on montre dans un pan de mur du château un trou sombre appelé la Chambre à la fille, où fut enfermée et où mourut une paysanne qui, vers 1714, ne'consentit pas à devenir la maîtresse d'un des barons de la Fonchaye c.
La vertu des filles du peuple attaquée par des nobles félons a fourni de nombreux sujets de romances. Il y a, par exemple, la fille d un pâtissier que son père envoie porter des gâteaux chez le seigneur de Dammartin. Celui-ci la retient jusqu à la nuit close et ne veut plus la laisser partir. Pressée de son déshonneur, elle feint de céder, et demande au comte son poignard pour couper une agrafe de son corset. Elle se perce le cœur et les pâtissiers instituent une fête pour cette martyre boutiquière7. Cet épisode d’une chanson du Valois, que Gérard