Amélie Bosquet. La Normandie romanesque, p
6. Antoinette Bon, in Rev. des Trad. pop., t. V, p. 216 ; Paul Sébillot. Légendes locales, t. L, p. 89.
LA NOBLESSE Et T, F TIERS-ÉTAT
beau appeler au secours, personne ne vint, et elle serait morte, sans un pauvre pèlerin qui, passant par là, et ignorant ses méchancetés, eut pitié d’elle ‘. En Anjou, Garnier de la Sicardière est resté dans la tradition comme un autre Barbe-Bleue. Après avoir joui de l’impunité pendant de longues années, où il se permit des excès de toutes sortes, il fut enfin arrêté, condamné à mort et exécuté à Poitiers le 12 juillet 1737. Plus de cent ans après, les anciens disaient que l'on avait pu voir pendant longtemps sur une pierre de la vieille église de Loublande les traces du sang d’un malheureux enfant, arraché des bras de sa mère et écrasé par lui dans un de ses accès de fureur2.
On attribue à deux seigneurs angevins, celui de la Jaille en Fougeré et celui de Fresne en Auverse, un acte de perversité atroce : un homme aurait été attaché, un pain suspendu au-dessus de sa tête, et à côté un bœuf était enchaîné près d’une ration de fourrage ; leur bourreau se serait plu à examiner les efforts de l’une et l’autre victime pour s’emparer de ce moyen de salut : le bœuf, dit-on, ne périt que le huitième jour et l’homme lui survécut quarante-huit heures ; en Bourbonnais, un prisonnier enfermé dans un souterrain de Montgibert mourut au bout de six jours ; le bœuf fut trouvé vivant après neuf jours d’épreuve ; il s’était, dit-on, nourri du salpêtre qui suintait sur les murailles3.
L’accusation de luxure, parfois accompagnée de violence, est Fune de celles que l’on rencontre souvent ; en Anjou circule ce dicton :
Partout où Charnacé a passé Bâtards a laissés 4.
Le seigneur du Val Saint-Rieu à Saint-Cast (Côtes-du-Nord) offrait à ses amis de grands repas auxquels il invitait les plus jolies filles des environs et il les obligeait à danser toutes nues au moment du dessert;
t. Soreau et Langlais. Traditions du Maine , p. 145-150. Plus tard elle eut des remords, elle ordonna par son testament de ne jamais ensemencer ce terrain. A. Dagnet qui, dans les Légendes de Coevrons, raconte cette légende en patois, dit que les fermiers d’à présent le laissent encore inculte.
Un poète du XVIe siècle s’élève contre les vexations qu'exerçaient à l'égard des gens du peuple les nobles de son temps :
Qui font les petits Rois par les foires champaistres. . .
Le pauvre paisant vous fait largue à Monsieur,
Qui (tel devoir qu’il face) encor’ tremble de peur D’avoir de son baston une lourde descharge.
Si Monsieur au passer n’a la voye assez large.
(Claude Gauchet. Le Plaisir des champs , p. 95. Cela, dit-il en note, est fort commun en Normandie.)