Gérard de Nerval. La Bohème galante , 1871, in-18, p
LA NOBLESSE ET LE TIERS-ÉTAT
de Nerval ne fait que citer, se retrouve dans plusieurs gwerziou bretons : une paysanne que le seigneur de Rozmelchon veut forcer demande aussi un couteau pour desserrer sa robe, et elle se le plonge dans le cœur : ainsi fait une jeune femme enlevée le malin de son mariage par le seigneur de la Tremblaie, qui se vantait d’avoir enlevé de la sorte dix-huit jeunes mariées. Dans d'autres versions, la jeune tille en entrant dans la chambre de son ravisseur, aperçoit une pomme, et c’est sous prétexte de la peler qu'elle demande le couteau qu’elle s’enfonce dans la poitrine \
Des belles échappent, dans des circonstances moins tragiques, aux mauvais desseins des seigneurs qui se sont emparés d’elles.
Un des barons de La Fonchaye avait contraint à le suivre unejeune fille de Luéhac, qu’il enferma dans une chambre d’auberge, se promettant de l’emmener le soir au château. Elle aperçut par la fenêtre un petit couturier auquel elle était fiancée, et lui raconta son malheur. Il réussit à la rejoindre, changea de costume avec elle, et elle put s’échapper. Le baron arriva à dix heures avec deux chevaux, dont l'un était monté par son domestique, et il assit en croupe le petit couturier qu’il prenait pour sa prisonnière. Arrivé près du manoir de la Méiatière, il descendit et ordonna à son domestique de remmener son cheval à l’écurie, et de ne pas s’inquiéter s’il entendait des cris. Le baron voulut prendre la taille du couturier ; celui-ci qui cachait un solide gourdin sous sa jupe, lui en asséna un coup sur la tête, et La Fonchaye tomba en poussant de grands cris ; mais le domestique, suivant l’ordre qu'il avait reçu, ne s’en inquiéta pas, et le couturier continua à frapper. Le lendemain le baron fut emporté chez lui, et re tarda pas à rendre le dernier soupir1 2. Dans la vallée d'Aoste, c’est la propre femme du ravisseur qui vient au secours de sa victime. Un seigneur de Dard fit enlever une jeune fille de Perloz, et l’enferma dans le haut d’une tour ; la dame de Bard prévenue de ce rapt, profita d’une absence de son mari pour donner une fête au château; un jeune seigneur, son parent, changea de costume avec la captive, et les gardes, trompés par ce déguisement et alourdis par le vin, la laissèrent passer ; la châtelaine, pour faire croire à une évasion, avait solidement attaché une longue corde au pied du cachot 3.
Les jeunes filles qui sur le point d'être atteintes par leurs ravisseurs, s’adressent à leurs patrons, et sont changées en bêtes, figurent dans plusieurs récits bretons. La truie des Carmes que l’on voyait à Saint- Pol de Léon dans l'église des Cannes, assise, les mamelles gonflées et filant sa quenouille, était une bergère qui, poursuivie par un seigneur
1. F.-M. Luzel. Gwerziou Breiz-Izel , t. I, p. 311, 329, 311, 323.
2. A. Orain. Le Folk-l.ore de l'Ille-et-Vilaine, t. II, p. 106-111.