‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 325 sur 503 · LES FILLES ENLEVÉES I*AK LES SEIGNEURS · texte numérisé non relu

LES FILLES ENLEVÉES I*AK LES SEIGNEURS

libertin, obtint d'être ainsi métamorphosée pour échapper à ses poursuites Suivant une légende localisée à la chapelle de Sain te-Iirigi tte au Guildo (Côtes-du-Nord) une princesse serrée de près par un capitaine qui en voulait à son honneur, se jette à la mer en invoquant sainte Brigitte sa patronne et fut changée en cane 1 2. Une autre aventure de tille persécutée a été assez célèbre pour devenir le qualificatif d’une ville : Montfort en Ille-et-Vilaine a porté jusqu'à la Révolution le nom de Montfort la Cane. En 1652 le P. Barleuf imprimait le Récit véritable de la venue d' une Canne sauvage en la ville de Montfort , qui relatait le miracle, d’après d'anciennes traditions. La mère de Chateaubriand avait une longue complainte sur ce sujet que son fils a résumée : Certain seigneur avait enfermé une fille d’une grande beauté dans lechâteau de Montfort, à dessein de lui ravir l’honneur. A travers une lucarne, elle apercevait l’église de Saint-Nicolas ; elle pria le saint avec des yeux pleins de larmes et elle fut miraculeusement transportée hors du château; mais elle tomba entre les mains des serviteurs du félon qui voulurent en user avec elle comme ils supposaient qu’avait fait leur maître. La pauvre fille éperdue, regardant de tous côtés pour chercher quelque secours, n’aperçut que des canes sauvagessur l’étang du château. Renouvelant sa prière à saint Nicolas, elle le supplia de permettre à ces animaux d’ètre témoins de son innocence, afin que si elle devait perdre la vie, et qu’elle ne put accomplir les vœux qu’elle avait faits à saint Nicolas, les oiseaux les remplissent eux-mêmes à leur façon, en son nom et pour sa personne. La tille mourut dans l’année : voici qu'à la translation des os de saint Nicolas, le fi mai, une cane sauvage accompagnée de ses petits caneLons vint à l’église de Saint- Nicolas. Elle y entra et voltigea devant l’image du bienheureux libérateur, pour lui applaudir par le battement de ses ailes : après quoi elle retourna à l’étang, ayant laissé un de ses petits en offrande. Quelque temps après, le caneton s’en retourna sans qu’on s'en aperçût. Pendant deux cents ans, la cane, toujours la même cane, est revenue à jour fixe, avec sa couvée dans l'église du grand saint Nicolas, à Montfort3 4 5. Plusieurs chansons populaires parlent de celte métamorphose : l’une d'elles, recueillie vers 1820, place expressément l’aventure à Montfort ;, alors que les autres parlent du « pais du Maine » “.

Parmi les droits féodaux qui ont laissé des traces dans le folk-lore figure celui que l’on appelait en Berry « le droit joli » et l’on y raconte

1. Habasque. Notions historiques sur les Cotes-du-Nord , t. Il, p. 9.

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