Daniel llellet, in liev. de; Trad. pop., t. Y, p
LES GUERRES
Montfort à Heunebout ou que Julienne Du Guesclin à Pontorson. Balzac qui se documentait tout autant que les romanciers de l’école naturaliste, se souvenait probablement de quelque légende locale dans ce passage d 'Une ténébreuse affaire : Cinq Cygnes devint le nom de la branche cachette après la défense d’un castel faite en l'absence de leur père par cinq filles remarquablement blanches. Une sculpture sur la porte d’une des tours de Goulaine (Loire-Inférieure) qui représente une femme le casque en tête, le sein à demi-nu et le poignard levé, aurait été faite en mémoire de Yolande de Goulaine qui se défendit vaillamment contre les Anglais1. Les paysans voisins du château de Charpignon (Cher) racontent que des dames de haut parage, voyant que malgré leurs efforts il allait être pris, jetèrent leurs joyaux au fond d’un puits 2 .
Les assiégésont parfois recours aux puissances célestes. Les habitants de Molley disent que Jeanne Bacon, armée de toutes pièces et s’attendant à être assiégée, demanda à Dieu la grâce de voir arriver ses ennemis ; aussitôt le bois de la Piège changea de place et se rangea de l’autre côté de la route, de sorte que du haut de son donjon, elle vit s’avancer les assiégeants, dont elle repoussa bravement l’attaque 3. Une comtesse Jeanne dans le Doubs refusa d’ouvrir les portes de son château aux Suédois, et fit vœu d’élever une chapelle à la Vierge si les ennemis se retiraient4.
La tradition a gardé le souvenir de ruses de guerre grâce auxquelles des places furent victorieusement défendues, ou d’autres prises. Le sire de Châtenay (Ille-et-Vilaine) n'ayant que peu de troupes pour résister à quatre seigneurs qui le menaçaient, fit couper à hauteur d’homme pendant la nuit les arbres qui croissaient autour du donjon, et les fit. habiller en guerriers. Quand le lendemain les assiégeants virent la forteresse si bien défendue, ils reculèrent, et le sire de Châtenay, qui s’était caché dans une châtaigneraie voisine, tomba dessus à la tête de ses gens et les tailla en pièces5. Un des seigneurs du Thuit fit aussi revêtir les arbres de la forêt de vêtements de soldats, et lorsque les troupes ennemies arrivèrent, elles s’enfuirent prises de peur à la vue d’une si nombreuse armée 6. Le baron de la Motte-du-Parc, qui est resté légendaire dans la partie centrale des Côtes-du-Nord, était assez puissant pour assiéger des villes closes, même celles qui comme Moncontour étaient regardées comme imprenables ; voyant qu’il ne pourrait s’en rendre maître parla force, il revêtit d’habits de soldats des mannequins de