LES RUSES DES ASSIÉGEANTS
paille et les plaça sur le tertre de Bel-Air, bien en vue de la ville, pendant qu’il allait se cacher avec ses hommes dans un des vallons des alentours. Les défenseurs de Moncontour se relâchèrent de leur surveillance, et, un jour que les ponts-levis étaient baissés, le baron y entra et massacra toute la garnison ‘.
On raconte aux environs d’Alise Sainte-Reine, que pour s’emparer de la ville du Mont Auxois, César rassembla tous les bœufs qu’il put trouver dans le Morvan, leur fit, la nuit, attacher à chaque corne une chandelle allumée, puis les poussa du côlé de la ville; les Gaulois effrayés de ce spectacle étrange et nouveau, se rendirent1 2. Les ennemis qui assiégeaient l'antique cité de Valcabrère (Haute-Garonne) s’étant procuré un grand troupeau de chèvres leur lièrent aux cornes des flambeaux et les lâchèrent sur une des portes ; les soldats s’y portèrent en foule, et les assaillants entrèrent par la partie des remparts qui était dégarnie de défenseurs3. Un stratagème analogue contribua à la levée d’un siège : Certains soldats qui gardoient le Chasteau du Marquis de Molaust en Quercy, pendant les guerres de la Ligue, voyans leur place bloquée... empescherent de boire leurs vaches l’espace de trois jours, apres lesquels ils leur attachèrent aux cornes des flambaux ardans : ils les lascherent, ensuite sur la minuit, du costé où les ennemis s’estoient campez proche de la fontaine, ou le bestail alloit boire avant le siège. Les bestes y courans à bons et à sauits, espouvanterent tellement les assiegeans, sur la creance que ce fussent des Diables, que quittans leurs relranchemens, ils furent battus des assiégez et obligez à la retraite 4.
Lorsque l’archevêque de Besançon eut achevé le château qu’il avait fait construire en 1291 pour dominer la ville, il s’écria: « Avant que les Besanconnais viennent me chercher jusqu'ici, les roses croîtront sur ces rochers. » Trois jours après, le dimanche qui suivait la fête de la Madeleine, on vint l'avertir pendant qu’il était encore au lit, que sept grands paysans portant des roses à leurs chaperons, demandaient à lui présenter leurs hommages. Il ordonna de les faire entrer, à la condition qu’ils porteraient en signe de soumission, leurs souliers à la main. Les prétendus campagnards se déchaussèrent, mais ce fut pour assommer les gardes avec leurs souliers ferrés; puis ils appelèrent à grands cris les bourgeois cachés aux environs, et se rendirent maîtres du château. Ce fut, dit-on, en mémoire des roses portées par eux sur
1. Paul Sébillot. Traditions de la Haute Bretagne , t. I, p. 350.
2. Hipp. Marlot, in Bev. des Trad. pop ., t. IX, p. 78. L’intervention de César dans cette légende est vraisemblablement moderne, et elle s’est peut être produite à la suite de fouilles exécutées à cet endroit où plusieurs auteurs prétendent que fut Alésia.