LES TRAHISONS
Melaine, le saint montra du doigt le point où se terminait le souterrain Les Rennais mirent du vif argent dans les oreilles d’un bœuf énorme, lui attachèrent aux cornes deux faucilles et le lâchèrent dans le passage creusé sous terre, où il s’élança furieux, tuant ou décapitant tous les ennemis qui s’y trouvaient. A Lamballe,en une semblable occurrence, on lâcha dans le souterrain deux bœufs dans les oreilles desquels on avait mis aussi du vif argent, et qui écrasèrent les soldats 1 2 .
Plusieurs forteresses, après avoir résisté aux efforts des ennemis, furent prises par trahison. L’épisode, familier a 1 antiquité, de la femme amoureuse d'un soldat assiégeant et qui lui ouvre les portes, se retrouve dans les légendes françaises. Lorsque le château de Tonnay Chef-Boutoine était assiégé par les Maures, la fille du seigneur, qui aimait un chef sarrasin, l'introduisit la nuit par une poterne ; Ganne, son père, survint et plongea son épée dans le cœur de la première personne qui se présenta et qui était justement sa fille3. Au château de Gavre une femme sans tête s’appelle da Rouanne ; c était la dame du seigneur. Comme elle n’était pas Bretonne, mais Normande, elle ouvrit un soir la porte aux Anglais qui assiégeaient le château ; mais elle fut surprise avant que l’ennemi eût pu entrer, et son mari lui fit couper la tête sans lui donner le temps de se confesser ; c'est pour cela qu’elle revient la nuit3. Guillaume allait lever le siège du château duPlessix, lorsqu’une jeune fille lui révéla qu'un des soldats de Grimoult venait la voir la nuit en trompant la vigilance des sentinelles, et qu’il lui avait appris que la garnison était à bout de vivres 4. En Poitou, une femme indiqua aux soldats de l’armée royale la vanne qui retenait l’eau du château du Bois-Pouvreau 5 6. Le château de Barou àGuipry fut détruit par celui de Beuvres, situé sur l’autre rive de la Vilaine. Un domestique infidèle posa la nuit une lumière sur une fenêtre pour servir de point de mire aux ennemis, et au point du jour il ne restait pas pierre sur pierre de l’antique demeure ; la même tradition s’applique à bien d’autres châteaux, notamment à celui du Frétay en Pancé*’, à celui de Montauban de Bretagne : une servante plaça une lampe sur un des bancs de pierre de la chambre du sire de Montauban, qui fut tué quelques instants après par un coup de canon et le lendemain le château se rendait. Une servante livra à l’ennemi une poterne du château des Salles près de Ploermel, sur la promesse de pouvoir le piller pendant un temps
1. F. Daine, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 150; Paul Sébillot. Petite Légende dorée , p. 216.
2. G. Musset. La Charente-Inférieure avant l'histoire, p. 117.