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LES NORMANDS

furent vaincus près de Lesneven grâce à saint Goulven qui passa en prières, les bras en croix et le corps contre terre, la nuit qui précéda la bataille *. Une ruse leur fit lever le siège de Meaux (cf. t. IV p. 316).

11 est malaisé de classer chronologiquement un fait de guerre qu'on racontait ainsi, il y a une trentaine d’années, dans le nord de l’Ille-et- Vilaine, et où il est question des Normands. Les Bretons s'étaient postés à Moronval, pour attendre les Normands ; ceux-ci furent d’abord vainqueurs; mais les Bretons, ayant reçu des renforts, firent un tel massacre de leurs ennemis, que l’étang de la Rousselière fut ainsi nommé parce qu’il était rouge de leur sang. Il est possible que la tradition populaire ait confondu les 'Normands et les Français, le lieu où l’on place l’action étant voisin du champ de bataille de Saint-Aubin du Cormier1 2. Toutefois, comme le dénouement est tout différent, on peut supposer qu’îl s’agit d’un combat plus ancien, ce pays de marches peu éloigné de la Normandie, fut jusqu’à la réunion de la Bretagne à la France le théâtre de rencontres sanglantes.

Les deux batailles de Concrux ou Conquereus (Conquereuil, Loire- Inférieure) 3, où un duc de Bretagne combattit en personne (981 et 982) seraient sans doute bien oubliées du peuple, sans une légende à laquelle le Chêne au duc, dans la forêt du Gàvre, a servi de jalon mnémotechnique. Conan, averti que les Français étaient de l’autre côté de la forêt, voulut coucher au pied du gros chêne qui en marque le milieu, parce que l’on disait que ceux qui y passaient la nuit entendaient un oiseau qui prédisait l’avenir. Un gros corbeau vint se percher sur l’arbre et commença à croasser, et le duc l'entendait dire :

« Conquereu , conquereu , conquereu et toute la nuit, il répéta ces mots. Au petit jour, un page que l'oiseau ennuyait lui tira une flèche, si juste que le corbeau vint tomber au pied de l’arbre, et que son sang lit une' grande tache rouge sur la neige blanche. Leduc se leva, et comme il n’était pas encore bien éveillé, il répétait : « Conquereu , conquereu ! » comme le corbeau. Les soldats qui croyaient qu’il était blessé, à cause du sang qui était par terre, prirent leurs armes, et comme il répétait toujours : Conquereu , conquereu ! les voilà qui sortent du bois et courent vers Conquereuil. Arrivés là, ils trouvent les Français tout gelés de la nuit, et ils tombent dessus avec tant d’ardeur qu’ils ne tardèrent pas à les vaincre. A Grandcamp on trouve une voie

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