‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 381 sur 503 · Paul Séb illot . Traditions, t. I, p · texte numérisé non relu

Paul Séb illot . Traditions, t. I, p

3. Dans la première de ces batailles, Conan le Fort avait pour adversaire le comte de Nantes uni aux Angevins, dans la seconde Foulques Nerra, comte d’Anjou ; il fut vaincu dans les deux ; cependant deux siècles après on disait eu proverbe : Bellum Conquirelicum , quo torlum (le Tort, surnom de Conan) superavit rectum (le droit). Levot. Biographie bretonne , t. I, p. 430-43.1.

338 l’histoire de France dans la tradition populaire

romaine appelée Hent Conan, el celle de Blain à Port-Navalo porte le nom de Chemin de Conan1.

§ 3. des capétiens a la renaissance

Dante fait dire à Hugues Capet : Je fus fils d’un boucher de Paris, et de moi sont nés les Philippe et les Louis dont la France est depuis peu gouvernée 2. Il avait pu, lors de son séjour à Paris, entendre cette tradition qui se serait perpétuée longtemps dans la corporation des bouchers. Elle était encore populaire au XV* siècle et même à l’époque de la Ligue :

Se fusse des hoirs Hue Capet Qui fut extraict de Boucherie 3.

Dans la Sati/re Ménippée le cardinal de Pelvé fait, en latin bizarre, allusion aux vers du Dante: loin familia Borboniorum descendit de becario , sive mavultis de lanio qui carnem vendebat in laniena Parisina , asseril quidam poeta. D’après d'anciennes légendes (cf. t. IV, p. 316) le roi Robert fit tomber par ses prières les murailles de deux forteresses.

Alors que ses quatre successeurs sontignorés de la tradition, plusieurs des ducs de Normandie, leurs contemporains, y jouent un rôle qui n’est pas totalement oublié, et que des romans et des poèmes ont probablement contribué à conserver. Au XVIIe siècle, en parlant d’un homme hardi, on disait : « C’est un Richard Sans Peur ». Ce dicton consacrait le souvenir de Richard I°r, duc de Normandie, dont le courage fut si grand qu’il donna lieu parmi le peuple à une foule de récits extraordinaires. Ces récits ont fourni la matière d’un petit roman en prose et en vers, plusieurs fois imprimé dans les XVe et XVIe siècles, intitulé : Vie de Richard Sans Peur, duc de Normandie4. On dit encore dans le pays de Bayeux d’un homme turbulent et méchant: C’est pis que Robert-le-Diable. La terrible et épouvantable histoire de ce prince fait encore trembler les paysans dans les longues soirées d’hiver 5. Son souvenir est attaché à plusieurs châteaux, entre autres à celui des Moulineaux où on le voit apparaître sous la forme d un loup efflanqué,

4. Pitre de l’isle, in Rev. des Trad. pop., t. XIV, p. 208 ; Paul Sébillot. Les Travaux publics, p. 18.

2. Purgatoire, ch. XX. Pasquier. Recherches, 1. V, c. 4, malmène a ce sujet Dante et Villon.

3. François Villon. Codicile, p. 205. D’après la note de P.-L. Jacob, elle aurait eu pour origine les grands privilèges accordés par le roi aux bouchers. On sait que pendant la Révolution, Capet, la femme Capet, le petit Capet désignèrent Louis X\ 1, Marie-Antoinette et le Dauphin.

4. Oudin. Curiositez françaises ; Leroux de Liucy. Le livre des proverbes français t- H, P- 61.

5. F. Pluquet. Contes de Bayeux, p. 14. cf. aussi E. du Méril. Eludes d archéologie 1862, in-8 p. 214 et 273 et suiv.

Page 1